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C’est une question de démarche et de balance. Car si l’on y regarde des prêts les thématiques d’un Bill Bryson (dont nous parlions il y a peu), les interventions de Amaisen ou la démarcher de Lehoucq, sont proches, pour ne pas dire semblables, à ce que l’on trouve dans cette bande dessinée (ou ce blog si vous êtes passés par le blog). Il faut donc prendre des pincettes lorsque l’on cherche à se faire un avis sur cet album.

En effet, si l’on compare le contenu purement scientifique des informations (ce que l’on apprend, les détails, les démarches, les précisions) de ce premier volume et l’ouvrage de Bill Bryson, on trouvera un peu moins d’humour mais beaucoup plus de fond dans le travail de l’anglais, là où Lehoucq sera un peu moins drôle mais beaucoup plus précis et où Amaisen sera plus pédagogique (le terme est mal choisi, mais c’est un grand conteur on ressort donc toujours « rempli » à son écoute) mais moins directement drôle. Ce que gagne Marion Montaigne en humour elle le perdrait en caution scientifique ?

Je ne pense pas. Du moins, je pense que si l’on peut établir une échelle, une mesure personnelle, entre une dose de science et une dose d’humour c’est une très bonne chose, toutefois vouloir opérationnaliser les démarches, établir des principes généraux autour de la vulgarisation cela serait beaucoup plus complexe. En fait, j’ai choisi de parler de cette bande dessinée parce que cela me permet d’évoquer mon dédain pour ce que l’on voit à la tv ou dans les médias, discours qui revient souvent sur le clavier. Déjà parce qu’il ne faut jamais négliger la force d’impact de ce type de propos dans logos collectif, il me semble que cette bulle intellectuelle entraîne soit un réflexe conditionné visant à commenter le propos, soit à le mépriser, dans les deux cas cela valide le propos, alors il faut non pas commenter mais ne pas oublier de s’en défier. D’autre part, il y a le constat de la forme unique de Val à Finkelkraut en passant par Onfray, Lorànt, éric Z et les autres, il y a cette affirmation du moi, cette folle acceptation du jeu médiatique (faire tourner la roue de l’égo) à seule fin d’énoncer des certitudes (et de passer d’un ton péremptoire à un énervement feint). A cette pseudo variétés semble répondre une volonté de spécialisation (je ne m’occupe pas du cirque médiatique, je propose quelque chose de ciblé et de qualité dans mon coin) ou une mise en avant d’un esprit populaire forcément débranché du ciboulot (si on aime les barbecues, la bière et la pizza on ne peut pas lire Deleuze ou Balzac et inversement). Vouloir ériger des principes et des règles dans la vulgarisation c’est prendre le risque de vouloir remplir le vide entre ces deux extrêmes, c’est ce dire que l’on peut faire plus intelligent que les intellos médiatiques tout en cherchant à tirer le quidam de sa torpeur (à lui dire que l’on peut lire Spinoza et boire du Génépy sans souci – si possible du bon Génépy, de l’hysope en somme). Toutefois ce risque revient toujours à une légitimation, à des compromis et le classement amène le jugement. Il faudrait effectuer un travail scientifique (ce qui n’est pas si paradoxal que ça en a l’air) pour proposer des axiomes à ce qu’est une vulgarisation.

La tentation reviendrait à laisser de côté le fond pour se concentrer sur la forme, à examiner le dessin. A ce moment je devrais convoquer la savoir faire (Reiser aussi forcément) le passif et l’expérience de l’auteur pour mettre en avant sa personnalité, ses choix (parce que l’air de rien le choix de la professeure moustache comme avatar, comme véhicule d’un comique complexe – moqueur et décalé cet humour pourrait paraître uniquement potache parce qu’il met en scène un cliché, reste que le cliché en question nous permet de nous rendre compte à quel point notre savoir scientifique est perclus d’approximations scientifiques et comme c’est justement le propos original que d’interroger le cinéma, les séries et la science fiction cela offre un médium certes accrocheur et marquant mais également un chouilla plus cynique et mordant qu’on pourrait le croire au premier abord – ), je pourrais convoquer tout ça, à juste titre, pour énoncer la pertinence de cet album. Mais franchement le dessin se suffit à lui-même. On pourrait gloser des heures sur ses qualités graphiques indéniables (il y a un sens du rythme et un vrai sens du raccourcis visuel, du trompe l’oeil qui tire vers le grossier pour en fait dire l’essentiel, on retrouve là la patte d’auteur comme Larcenet – parfois – ou comme Casanave – je vous en prend un moins connu pour éviter aussi de tomber dans le piège de l’association (que j’apprécie par ailleurs) – ) que beaucoup continueraient d’adorer ou de détester sans autre forme de recul (pourquoi pas).

Ce qui m’enchante dans la « forme » de ces pastilles, c’est l’humour potache qui fait mouche (on prend une situation convenue et usuelle de film d’action et on traite des conséquences ravageuses d’une application stricte des lois scientifiques, du coup tirer avec un fusil à pompe à l’épaule à la hanche en mode badass ça vous arrache le bras), on rigole bien, on sourit, on se gave de quelques anecdotes épistémologiques croustillantes et l’on ressort effectivement moins bête. Cette forme est efficace, joyeuse, intelligente sans cherchée à être cultivée et surtout elle amène à la curiosité et à l’explication. En voyant que l’auteur se voyait proposer de rencontrer un entomologiste pour parler insecte (et cadavre) on voit combien (un peu comme Lelong quand il se dit que parler légume ça ne va pas être si simple et que faire un tableau ça serait une bonne chose) le souci du détail et le sérieux du propos reviennent sur le devant de la scène. L’équilibre entre bonne humeur et sérieux est préservé car toujours règnent la curiosité et l’humilité.

Ce qui est génial (osons le dire) avec cette série c’est que peut l’offrir, la relire, la compulser avec d’autres pour la faire découvrir, en vérifier les sources et en discuter (elle est populaire) elle ne se délave pas. On y retrouve cette forme non pas de fraîcheur du temps (en bande dessinée comme ailleurs il y a des modes et bien souvent, sans que l’on ne s’en rende vraiment compte, on accepte des productions comme bonnes, voire très bonnes, car la mode à influencer nos perceptions, avec le recul des années ces monuments s’effritent et il ne reste bien souvent que des ruines précoces même pas digne d’un panneau indicateur sur l’autoroute de la consommation, on laisse tout cela prendre la poussière tellement s’en débarrasser reviendrait à mettre à jour la honte d’avoir pu apprécier une telle « chose ») mais l’intemporalité du propos. Les références vieillissent mais elles incites à aller les voir ou les revoir, le tout reste dynamique et jamais « trop » ou « pas assez », c’est au lecteur de choisir (ou non) de terminer d’explorer un domaine scientifique ou de remettre en question telle ou telle affirmation (comment ça il est impossible de fabriquer son propre sabre laser ?).

Bref, nous voici devant un succès populaire plaisant, constructif, curieux qui jamais n’est édifiant ou pontifiant.