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Soyons honnête, j’ai sauté à pieds joints sur la parution en (énorme pavé) poche de l’intégrale de la série des Nicolas Eymerich pour avoir, enfin, l’occasion de les dévorer. Toutefois, ayant déjà lu le premier tome il y a de cela quelques années, j’avoue ne pas avoir fait l’effort de le relire.

Dans l’absolu, il serait pourtant sérieux de le faire cet effort. Non seulement parce que je compte bien lire les autres romans (pas forcément tous à la suite, c’est un coup à faire une overdose, pire une lassitudine) mais surtout parce que je l’avais lu dans une autre traduction que celle proposée par le livre de poche et donc par La Volte (maison d’édition bien connue des amateurs et dont le travail vaut en général son pesant d’or). Mais, je peux bien l’avouer maintenant, il en va de ma découverte de cette série comme de Terry Pratchett, je n’avais pas apprécié  ce roman. Pour Sir Pratchett, une tentative de découverte un peu hasardeuse m’avait fait rejeter l’ouvrage au loin d’un air de dédain avant d’y revenir en anglais et de tomber définitivement amoureux de cet auteur (que je considère ni plus ni moins comme l’un des plus grands romanciers du vingtième siècle, ça c’est fait). C’est un peu différent concernant Evangelisti. Il fut un temps où je lisais et m’occupais surtout de bande dessinée, je suis donc arrivé à ce cycle par l’adaptation de Zentner et Sala chez Delcourt. J’étais dans ma période  de découverte graphique (ce moment merveilleux où l’on sent littéralement les œillères de nos habitudes voler en éclat sous les coups de boutoirs des expérimentations graphiques d’auteurs loin du mainstream.), un moment aussi génial que dévastateur pour le peu que vous cédiez aux sirènes de la mode. Vous commencez par découvrir deux trois auteurs un peu méconnu et si vous n’y prenez pas garde vous finissez par conchier tout ce qui est trop « consensuel » ou qui se vend trop ou trop bien, bref pour un peu et vous finissez par n’aller que dans les fracs. J’en étais là de mon parcours, lorsque je me suis pris la claque de cette adaptation. Encore aujourd’hui, plutôt pour des raisons de mise en page d’ailleurs, je trouve cette adaptation de haute volée. Parvenir à raconter autant (déjà que le roman est dense, mais en deux volumes de bande dessinée forcément ça peut paraître indigeste, mais ça reste limpide, enfin à mon sens) en si peu, à vous coller au plafond graphiquement et scénaristiquement c’est un tour de force. Je m’étais donc jeté sur le premier bouquiniste venu pour trouver ce premier roman. J’en suis ressorti déçu.

Je n’ai que peu de souvenir de ce roman, ça doit être pour cela que je n’en parle finalement pas. Reste qu’au-delà de ma déception première, j’en garde un goût de chaleur et de désert. Alors, oui les trois trames temporelles qui se chevauchent et qui font sens, cela m’a marqué, difficile de faire autrement  tellement l’idée peut paraître géniale et casse-gueule à la fois (dès que ça parle de voyage temporel c’est casse-gueule). Mais je ne suis pas parvenu à dépasser le stade de la comparaison. Forcément je voyais dans le dessin un aspect épique (difficile de passer outre au premier égard) que je m’attendais à voir reparaître dès les premières lignes de l’ouvrage. Ce qui n’est évidemment pas le cas, du moins pas dans le sens commun du terme. Le roman m’a paru assez lourd, indigeste, je ne lisais que peu d’histoire à l’époque et cette période ne m’intéressait pas, je ne voyais donc pas la nécessité de toutes ces circonvolutions administratives. Pour tout dire, avec le recul, je crois bien que les « allusions » à Sherlock Holmes me sont également passées au-dessus.

Si je reviens à cette série, c’est parce que j’ai conscience de ces manques. Il est toujours facile de se situer dans l’un des deux extrêmes, de se dire que nos goûts du moment sont indéboulonnables et de s’y accrocher comme à une méduse urticante quo qu’il advienne ou de se dire qu’il faut tout aimer, qu’il faut s’adapter. Avec ce genre de comportement on confond éthique et déontologie tout en prônant de la morale. Oui, parce que ne rêvons pas, il est rare que ces positionnements esthétiques ne débouchent pas sur des considérations d’ordre politique puis comportemental. Je me dis surtout qu’il y a des moments pour certains ouvrages. J’étais du genre à garder Proust pour mes vieux jours ( ce qui est une forme d’optimisme quand on y pense) à ne pas s’aider aux pressions extérieures, sa lecture fut finalement un très bon moment (enfin mon début de lecture). Alors qu’à l’inverse mon approche de Michaud fut totalement nulle (j’y reviendrais peut-être un de ces jours à « plume »). Tout ça pour dire que je savais que ce roman parler de l’inquisition, qu’il y avait de la science-fiction à l’intérieur et qu’une enquête s’y tramait (sur fond de tissu anglais), autant d’éléments que je connaissais et appréciais déjà mais mon imaginaire n’était pas assez rompu à distinguer les nuances et à dépasser sa zone de confort.

Tous les éléments positifs que vous pouvez lire ici et là à propos de ce roman sont justes, ils y sont. Il n’est pas besoin d’un passif ou d’une position particulière pour les percevoir et les apprécier (parce qu’à me lire on pourrait croire qu’il faut atteindre un seuil de tolérance ou de sagesse.désabusion pour s’en tirer face à l’œuvre), au contraire dirais-je.

En revanche, ce qui me fait revenir vers cette saga, c’est un sentiment de malaise. je pense que l’élément principal, plus présent dans le roman alors que directement incarné dans le dessin de l’adaptation en bande dessinée, qui m’a le plus rebuté (et qui, donc, m’attire dorénavant) c’est l’aspect acariâtre de Eymerich. Ce n’est pas un personnage facile, il n’est pas appréciable, sympathique ou finalement tendre (un peu comme tous ces faux misanthropes que l’on voit pulluler). Cette figure du héros arc-boutée sur ses croyances, les pieds ancrés dans un  milieu désertique, sableux, austère ça ne renvoie pas le côté épique que j’attendais et ça n’aide absolument pas à l’empathie. C’est cela qui m’intéresse désormais, non pas le manque absolu de sympathie d’un personnage, mais le fait de pouvoir désormais voir et interroger ce manque. En même temps, il me semble que si ambitieuse qu’elle fut la première enquête était assez vite résolue et mettait surtout en place les éléments.

Et puis, surtout, depuis j’ai lu « anthracite » du même auteur et ce roman reste un bon moment de lecture pour moi.