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Bon forcément on se dit que les lecteurs de Bifrost (et de comics) connaissent ce bouquin de « vulgarisation » scientifique. C’est sans doute vrai, mais j’ai, comme on dit, une histoire avec cet ouvrage. La première fois que je l’ai vu en rayon je me suis dis « mouais encore un ouvrage qui surf sur la vague super héros pour vendre n’importe quoi », vous vous doutez bien que du haut de ma superbe je n’avais jeté qu’un œil dédaigneux à cette monstruosité. Mais, ça ne s’arrête pas là…

… à quelques temps de là, une connaissance m’offre l’ouvrage (sourire de convenance, vous vous en doutez) un déménagement se profilait, il a pris la poussière dans un carton pour n’être jamais déballé par la suite, en tout cas pas par mes soins. Disparu (avec d’autres) dans le déménagement, l’ouvrage ne fit plus jamais parler de lui. Jusqu’à ce que le nom de l’auteur me titille de plus en plus à force de le lire dans Bifrost et que je me rende compte du lien (tu m’étonnes il a écrit le bouquin dont on sujet duquel je ne vous cause toujours pas) et que je cours dans la médiathèque la plus proche pour en dégoter un exemplaire et en profiter à plein. Comme quoi les préjugés c’est stupide et que la curiosité est une bonne chose.

D’ailleurs, je suis assez en désaccord avec l’introduction de Luminet (qu’on ne présente plus et qui a beaucoup œuvré pour la science) lorsqu’il énonce que l’ouvrage va permettre de à des non-amateurs de physique de s’y intéresser, que les jeunes férus de comics vont trouver là une porte d’entrée intéressante. Je ne suis pas foncièrement contre cette idée, toutefois il faut garder à l’esprit que M Luminet n’est pas un zéro en la matière et que le contenu du livre suppose de la curiosité et de la concentration. Vouloir l’avaler en deux heures et tout retenir suppose d’avoir des bases en physiques, il ne s’agit donc pas d’un « livre pour débutant » (ou grand débutant) ce qui limite quelque peu le propos de cet avant-propos. De plus, je ne suis pas certain que cela soit le but de l’ouvrage que d’être une porte d’entrée, de la collection peut-être… difficile à dire.
Je profite de l’occasion qui m’est offert, pour préciser qu’il ne s’agit pas d’un de ces ouvrages « total » quel’on trouve un peu partout, de ces raccourcis qui vous expliquent tout sur tout, qui vous proposent une vision du monde (historique, sociale, scientifique etc) prête à être digérée. Je pense bien évidemment à tous les trucs du genre Val et consort (les spécialistes, toujours les mêmes, que l’on voit à la tv, dans les journaux, qui viennent vendre des livres à pleurer de stupidités, d’erreurs et de raccourcis). L’auteur pose un sujet précis : une lecture scientifique des pouvoirs de Superman tels que présentés dans les premières années, de manière accessible et drôle, sans pour autant céder aux sirènes de la facilité, des raccourcis ou autres traits grossis.
Il est aussi sympathique, doux et agréable qu’un bouquin de Pelt (dans un autre style), loin de toute prétention, démonstration fumeuse et autre étalage futile, et dieu que c’est bon.
Le découpage est clair, on passe en revue les supers-pouvoirs les uns après les autres, afin d’évoquer des questions de physiques (et de biologie) et de ne pas mélanger les concepts. Toutefois cela ne veut pas dire qu’il va s’agir de portraits rapidement brossés. En effet, Lehoucq à la bonne idée de prendre appuie sur les supers-pouvoirs pour faire un point sur la notion physique à laquelle le pouvoir correspond. Ainsi parler du vol de superman signifie que l’on va parler de portance, d’avion, d’oiseaux, de la gravité, des forces de friction, de fer à repasser etc etc. Pourtant, reprendre la notion du « départ » ne veut pas pour autant dire que nous plongeons dans un ouvrage pour enfant, puisque des formules mathématiques seront proposées, ainsi que des explications scientifiques. Ce n’est donc pas un superman servant de prétexte à une suite d’anecdotes amusantes, mais bien superman servant de prétexte à une lecture complète d’une notion, d’un procédé, pour ensuite pouvoir revenir au dit pouvoir de manière réaliste. Bien évidemment, avoir superman dans la poche permet des propositions drôles, des blagues ou quelque jeu de mots, mais ces derniers ponctuent le propos à bon escient (de même, les dessins sont drôles et en petit nombres ce qui ne trouble pas la lecture tout en restant amusant).
Le ton n’est, donc, jamais complaisant, dogmatique ou trop vulgarisateur. Reste tout de même que bien aimer les supers-héros, les comics, la science fiction et avoir un peu d’humour doit aider pour accéder facilement à la tonalité générale de l’ouvrage. Pour les amateurs on reconnaît bien le style (assez dense au final, peut-être plus accessible dans cet ouvrage, qui date un peu, il faudrait que j’en lise d’autres. Mais enfin Lehoucq est un auteur qui dit des choses, les digressions sont courtes et souriantes, autant que le reste du propos est sérieux et utile, pas question de cligner des yeux ou de lire ça en tâche de fond, le propos se veut resserrer et studieux ! Encore une fois les amateurs ne seront pas surpris, ceux qui découvrent pourraient l’être un peu s’ils s’attendent à une aspect fun ou facile à lire) le propos est donc captivant.

Je ne vais pas trop en faire sur le sujet, il s’agit aussi de profiter de l’occasion pour parler d’un ouvrage (qui a plus de dix ans maintenant) à ne pas (comme certains idiots dont je suis) oublier dans un coin et à penser à compulser de temps à autres (comme d’autres, et comme les articles du sieur dispo ici et là). Bref, un très bon ouvrage d’approche scientifique.