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C’est étonnant comme l’idée de collection peut avoir une influence sur le lecteur (parfois).  Je n’ai pas lu tous les « grands détectives » de chez 10/18, surtout Fandorine en fait, mais j’admets que leur aspect enquête historique m’a toujours intrigué, si on ajoute à cela la mention de Mark Frost co-auteur de Twin Peaks, la jolie couverture de cette réédition et la mention de Conan Doyle,  il y avait là suffisamment d’éléments me permettant de penser qu’il s’agissait d’un « coup éditorial » (pas forcément en France) ou d’une bonne surprise.

Je passerai pourtant outre la plupart de ces éléments pour la simple et bonne raison qu’ils sont, peu ou prou, des arguments publicitaires plutôt qu’autre chose. Le fond (et la forme) de l’affaire étant de savoir si une enquête policière ayant pour cadre Londres à la fin du XIXième, pour héros Conan Doyle et pour trame un complot, pouvait tenir le coup. De deux choses l’une, soit vous êtes un fervent admirateur du travail de l’auteur anglais, vous aimez son sens aigue du détail, de la mécanique narrative, de l’enquête millimétrée qui joue avec les nerfs et l’imagination et dans ce cas je crains que ce volume vous laisse comme un goût de cendre en bouche. Soit vous vous attendez à un bon divertissement, avec une atmosphère oscillant entre le spiritisme, jack l’éventreur, un complot séculaire et des rebondissements à ne plus savoir qu’en faire et dans ce cas ce volume vous conviendra très bien.

Personnellement, j’avais acheté le volume en sachant que je succombais à un coup de tête idiot avant de prendre un train. Une manière comme une autre de se dédouaner de l’achat compulsif car on sait très bien que l’on n’aura pas le temps d’entamer le livre durant le voyage. Il est resté sur ma pile un long moment avant d’être remis au goût du jour par un rangement soudain, avec un « tiens pourquoi pas » de rigueur, histoire d’être certain d’être totalement dédouaner. J’admets plutôt rester de marbre devant le genre « enquête policière à rebondissement complotiste » (ou inversement) le da vinci code et ce genre de production me laisse plutôt de glace. Le sérieux sous jacent de ce genre d’ouvrage me paraît toujours « de trop », comme moi cherchant une excuse pour acheter ce type d’ouvrage , j’ai l’impression que l’auteur compile des données historiques approximative pour s’excuser de faire du fantastique et au final il n’assume jamais vraiment un certain aspect pulp. Il en va de même pour pas mal de productions finalement. Dès lors, j’admets que les premières pages, premières centaines de pages à dire vrai, furent douloureuses pour moi sur ce volume. Frost utilise Doyle comme héros pour permettre une identification rapide, c’est un personnage éminent, connu, mais ici il est encore jeune, naïf, plein d’entrain, sans pour autant être stupide ou idiot (lorsqu’il agit à l’encontre de l’intrigue c’est en toute bonne foi et en suivant un bon sens civilisé que le lecteur peut comprendre), c’est un vecteur idéal pour drainer un lectorat un peu plus qu’adolescent. Cela lui permet également d’user abondamment du clin d’œil, soit l’action, le comportement d’un tel ou d’un tel, le rebondissement du moment renvoie à la vie de Conan Doyle soit à celle de sa plus fameuse création : Sherlock Holmes. Avec un tel personnage en héros difficile de louper le coche. Toutefois, il faut bien admettre que Doyle reste transparent. Les mentions à l’œuvre ne sont pas palpitantes ni vraiment « camouflées », c’est bien une procédure narrative et non pas une forme d’hommage subtil, de même son tempérament est toujours un peu le même. En même temps cela libère –si je puis dire- de la place pour Jack Sparks et ses acolytes. Sorte de Sherlock survitaminé Jack se voit doté de toutes les caractères du héros de littérature d’aventures moderne, il poursuit un être machiavélique, s’est initié à toutes les traditions ésotériques, possèdent des vices et des vertus, cache un lourd secret, j’en passe et des meilleures.

Entre ça et un univers spirite  et aventureux mis en avant avec force (les effets sont grandiloquents, entre meurtre rituel, coursives, château en flamme, explosion de plasma fantasmagorique, poursuite par une chimère, prison, corruption, taudis malfamé, malfrat repenti et j’en passe) difficile de prendre son temps, de ne pas être désappointé si l’on s’attendait à une forme d’enquête un tant soit peu crédible.

Une fois la pilule avalée, une fois sur les rails de la péripétie en continue, on peut apprécier le spectacle à sa juste mesure, en prendre plein les mirettes et se taire. Toutefois, deux éléments me sont suffisamment restés en travers de la gorge pour me gâcher le plaisir. D’une part les changements de voix opéré par l’auteur. On part d’une narration à la troisième personne, pour parfois plonger dans des saillies à la première personne, pour dire bonjour à de l’indirect libre et tout cela peut à l’occasion être balayé par une forme de description explicative. Ce va et vient confond vitesse et précipitation, les événements se chamboulent suffisamment sans avoir besoin de cet artifice qui sonne plus « écrivain » qu’autre chose. Parfois même cela apporte beaucoup de lourdeur au récit, au début notamment nous avons droit à un « le spiritisme pour les nuls » sans connexion avec le reste, sans effort de distiller ses informations (dans un dialogue, dans une description en tête de chapitre pour créer une atmosphère, dans une scène sociale pour en montrer les différents aspects…) non c’est juste posé là, pour ne pas perdre le lecteur et faire le job. D’autre part, si l’on prend le temps de porter notre attention un peu plus loin que le moment présent, c’est-à-dire si l’on cesse de subir les cahots de la route, on s’aperçoit que le tout est très linéaire, pas prévisible mais presque. L’enquête suit son cours d’étape en étape, la poursuite par les méchants nous mène d’un lieu à un autre sans que cela ne soit jamais vraiment original (ni dénué d’intérêt par ailleurs).

Je ne suis pas vraiment pour les conseils de lecture en fonction des catégories d’âge, mais il me semble que, paradoxalement, ne pas connaître cette époque, cet imaginaire, la personne de Doyle, l’univers de Holmes, permettrait de mieux apprécier cet ouvrage, de passer outre les attentes qu’il cherche à combler (il ne parvient que difficilement), de moins être regardant sur certaines ficelles pour mieux se délecter de la succession de scènes grandioses, profiter du grand spectacle et finalement de pouvoir s’en délecter dans un voyage de longue durée pour le terminer sur la plage. Maintenant si vous voyez ou cherchez un résultat à la hauteur des ambitions affichées : passez votre chemin ! (et j’admets que c’est ce que j’aurais dû faire n’ayant trouvé ni train, ni page).

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