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Je n’aime pas ne pas commencer (toi aussi profite des doubles négations) par le début, mais j’ai pour moi l’excuse selon laquelle ce troisième volume est considéré comme celui qui voit débuter le succès de la série. En plus ce n’est pas moi qui le dit, c’est wiki. Peut-être que mes réticences viennent de m’être jeté tête baissée dans cette série sans prendre le temps, peut-être que j’avais des attentes.

Un mélange entre la twilight zone, les mystères de l’Ouest (peut-être à cause de la figure du nain machiavélique) et Hellblazer, ce que j’avais en tête devait ressembler à ça. On pourrait croire que le héros (un nain ancien artiste de cirque champion de karaté, docteur en criminologie, détective privé) n’est pas à la hauteur de ses promesses, alors qu’il parvient effectivement à surprendre le lecteur. Je l’ai d’autant plus apprécier (ça sent la chronique : point positif, point négatif, génial encore deux mois et je me lance dans un top dix) que je l’ai abordé en parallèle avec le personnage de l’écrivain. Nous avons un écrivain à succès, malheureux, divorcé, qui est connue pour ses romans de genres (des westerns) qu’il écrit à la pelle et qui souhaiterait sortir LE roman de sa vie (sous son nom). Un portrait de Chesbro, c’est du moins ce que l’on se dit assez rapidement. Comme on s’en doute, les choses ne sont jamais aussi simples. L’écrivain en question s’avérerait beaucoup plus malin qu’il n’y paraît, plus complexe également, une figure peut présente (et pour cause il meurt dans les premières pages) mais qui reste importante tout au long de l’intrigue, qui marque par son ambiguïté. Mongo n’est, lui, absolument pas mystérieux, bien au contraire. Mongo est un personnage qui boit, qui mange, qui fume, qui vit abondamment sa vie, c’est un caractériel au grand coeur qui culpabilise facilement et qui préfère rentrer dans le tas (et les corps) de l’histoire plutôt que de fumer une pipe au coin du feu en attendant que les rouages de son esprit fassent le boulot. Ce dynamisme est bienvenu. Alors, un champion de karaté dynamique ce n’est pas évident et il y a des scènes d’actions, mais en dehors de ces passages le personnage semble increvable et têtu. Une force de caractère qui dénote sympathiquement, qui surprend et qui maintient la tension narrative tout au long de l’intrigue.

La façon d’aborder la sorcellerie est également intéressante. Partir de l’université (psychologie, astrologie, criminologie), pour aborder le quotidien (une mère de famille), l’art (un écrivain en mal d’inspiration ou un chanteur de rock), la finance (un banquier) les mauvais quartier (un drogué) ou même la politique (un sénateur) donne une image tentaculaire de ce qui touche à la magie. Une cartographie qui utilise à merveille la réalité d’une ville comme New York (dans un petit village on serait tombé dans la parodie). En faisant de la peur le moteur principal des relations entre les différents pratiquants non seulement on peut traverser les différentes obédiences mais en plus on à le droit à une explication de leurs pratiques et des relations internes entre ces pratiques. Plutôt que d’opter pour une plongée hypnagogique dans un seul domaine, dans un seul type de croyance, Chesbro balaie ici de nombreux cultes, il expose tout ce qui gravite autour du mot de sorcellerie, dans un mouvement intéressant. Une pratiquante de la Wicca ne prône rien d’autre qu’un lien amoral à la nature, alors qu’une scientifique va n’avoir de cesse de défendre son appartenance au deux mondes, tandis que le sénateur est prêt à tous les sacrifices pour sauver sa fille. Parvenir à présenter tous ces personnages, à maintenir une tension entre eux, à rendre leur coprésence crédible est, à mon sens, le point fort de l’ouvrage. Bien évidemment la fin est décevante, il ne saurait en être autrement dans ce type d’enquête, donner de la crédibilité au paranormal pour lui superposer un comportement réel c’est toujours frustrant, mais il faut admettre qu’entre la démarche du héros, qui est proche du fanatisme moral ce qui marche bien ici, et l’observation des cultes, on se prend au jeu.

Toutefois (là on aborde donc la deuxième partie, comme c’est original), beaucoup d’éléments me sont restés en travers de la gorge (comme un os de poulet maléfique). Tout d’abord, si plusieurs personnages (ou justement peut-être est -ce à cause de ces personnages) clament que la sorcellerie, la voyance etc ne sont pas des affaires de bien et de mal, la sorcellerie est tout de même abordée sous un angle très manichéen. On en revient toujours au bien (l’amour de la nature, de l’autre, une déviance vis à vis du gain) et au mal (obtenir plus de pouvoir en faisant le mal, avec rituel satanique et sanglant à la clef) si la présentation est souvent en dehors de ce moule au final, par ses actions, le personnage n’a fait que choisir un camp. Élément d’autant plus dommageable qu’il contrebalance des discours vraiment intéressant. Une jeune anthropologue explique l’importance du système d’appartenance sociale, propose une réflexion assez pertinente, mais cette pertinence sera mise à mal par les actions des uns et des autres. il est difficile de vraiment comprendre la motivation des uns et des autres, par exemple le méchant pratique des tests machiavéliques et horribles, mais… pourquoi faire ? Il est méchant, cela l’amuse mais il ne semble pas vraiment croire à la sorcellerie et même si c’était le cas, quel est le gain ? Parce qu’en abordant la problématique de l’appartenance culturelle on aurait pu croire à des événements culturels, sociaux qui resteraient dans l’ombre, mais là, à part quelques éléments, tout est expliqué et bien souvent sous l’angle du « pour le pouvoir ».

Alors, certes certains éléments restent dans les brumes du mystère, le guérisseur par exemple, on explique rapidement qu’il a de vrai pouvoir, que c’est prouvé scientifiquement et ensuite il « utilise » ce pouvoir. Seulement voilà, on touche là à ce qui m’a véritablement gêné dans cet ouvrage : sa rapidité. Si l’on prend comme exemple le guérisseur, une fois son rôle accompli il disparaît, son pouvoir n’est jamais interrogé parce qu’on ne parle plus de lui, l’action nous mène ailleurs, il est expédié, relégué en ailleurs et il en va de même pour tous les personnages. L’étudiante en anthropologie vient le temps de délivrer son discours, avant de repartir. Bon pourquoi pas si on aime les séries télévisées et l’on ne va pas s’embêter à donner du corps à tous les personnages secondaires. Mais il y en a beaucoup ici des personnages secondaires et l’auteur fait souvent l’effort de les présenter à minima, de leur donner du corps (par exemple Mongo explique pourquoi cette étudiante est brillante mais également pourquoi il ne l’apprécie pas forcément). Difficile de s’attacher aux uns ou autres, ce qui fait que la romance entre Mongo et April est donnée comme évidente, surtout par le frère de Mongo en fait, mais m’a paru plutôt soudaine et bancale. Bon, on peut admettre que l’aspect dramatique de la situation et que le traitement un peu rapide de l’histoire explique ceci et qu’on a vu pire, bien évidemment, mais cela donne finalement assez peu de relief aux personnages. Tout le temps j’ai eu l’impression d’être à un bal de charité et que l’on me présentait des gens avec leur parcours de vie, sans que j’ai l’opportunité de les recroiser par la suite. Encore une fois, cela va de paire avec le dynamisme de l’enquête et l’acharnement (tant physique que psychologique) du personnage mais comme l’enquête tient aussi sur l’ambiance et le contexte fantastique, les deux éléments finissent par ce marcher sur les pieds. Finalement, la frustration de ne pas pouvoir « mieux connaître » les personnages ou les situations pourrait être un dommage collatéral, seulement comme il y a pas mal d’ambition (l’ouvrage n’est pas un « divertissement » télévisuel, il propose vraiment de bons éléments et le style n’est pas à la ramasse), voir des éléments peu crédibles pointer le bout de leur nez, casse le rythme. Je reprends un dernier exemple, et tout cela reste subjectif de plus je vais avoir du mal à ne pas dévoiler des éléments de l’enquête, un personnage de cartomancien est défini comme LE spécialiste du genre à notre héros, on lui conseille également de ne pas le brusquer. Mongo se rend sur place en mode très agressif, ce qui nous surprend car c’est peu logique mais rend bien compte de la tension accumulée du personnage, de son stress et de son désarroi. D’ailleurs, je fais un aparté pour préciser que cette « technique » provoquera le suicide d’un suspect, en effet un homme acculé par Mongo, choisira de mettre fin à ses jours, et cela n’aura aucune conséquence sur notre héros ; cette donnée selon laquelle on peut presser psychologiquement un méchant puisqu’il est méchant et que ce n’est pas grave car cela n’entache pas notre énergie ou notre conscience me semble aller dans le sens du manichéisme dont je parlais plus haut. Revenons-en à mon exemple. Donc notre cartomancien se fait bousculer, il lit le tarot au héros, un tarot sinistre dans un passage assez fort du bouquin, la scène est bien foutue, on y croit, Mongo devient plus hargneux ce qui montre que cela le touche également. Bref, un bon passage, si ce n’est qu’à la fin, et alors qu’il s’en défendait bec et ongle, il s’avère que notre ami le cartomancien faisait partie, le bougre, des méchants. Et là, difficile de ne pas se demander : pourquoi a-t-il agit ainsi ? S’il a des pouvoirs pourquoi a-t-il était surpris par les événements, pourquoi ne pas avoir pris en compte ce qu’il venait de dire à son ennemi, pourquoi avoir continuer à agir comme.. ben un méchant, c’est-à-dire en faisant tout pour être considéré comme suspect. Mais, plus ennuyeux à mon sens, comme les méchants semblent faire cela pour le pouvoir et que ce personnage disparaît comme par magie (jeu de mot) à la fin de l’ouvrage, on reste là, les bras ballants, avec comme option la possibilité de remettre en doute le passage sur la divination, du coup cette scène perd de son aura mystique pour devenir une scène utile au récit. Dans un roman, policier ou non, ayant pour thème la magie et la croyance, il est difficile de tenir un équilibre (plus souvent cinématographique il me semble) entre ce qui est vrai et ce qui est laissé au doute pour maintenir une tension et une interrogation chez le lecteur. Ici Chesbro le fait clairement, il y a même une discussion entre April et Mongo à ce sujet, il traite également des effets d’expériences limites (je ne parle pas de celles psychologiques que j’ai trouvées comme étant un gros cheveu dans mon potage) sur son héros, ce qui est intéressant. Mais comme dans le même temps il donne à lire les événements uniquement sous l’angle de l’utilité et qu’il les chasse une fois leur mission accomplie, j’ai eu du mal à y croire (d’ailleurs bien souvent cette question est balayé d’un « vous ne pouvez pas comprendre c’est une affaire de sorciers »).

Et, sans doute qu’au final je n’ai pas accroché au mélange. L’hommage à Marlowe crève l’écran (c’est le nom de l’écrivain !), je vois également le lien à Chandler, donc on voit une certaine finesse d’écriture, mais pour que cela fonctionne il faut que l’incongruité de l’intrigue, sa complexité presque fausse à force d’artefact, n’empiète pas sur les personnages, ce qui pour moi est le cas ici. Mais je reviendrai sans doute à cette série.

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