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On peut s’amuser à faire coucou à Dagon dans ce récit, pas « le vrai » mais n’empêche que cette mention fait écho au lecteur lovecraftien. Ainsi, le fait qu’un guerrier puissant qui se réveille d’un long sommeil et commence à recréer son ancien monde prend des proportions cosmiques captivantes (si le fil narratif est assez simple, il y a des instants dantesques et mystérieux, la jeune femme alanguie par exemple n’a aucune utilité précise, de quoi se régaler. Après, l’idée d’un « monstre d’airan » est un peu « faible », enfin disons qu’elle paraît assez datée, mais la figure du « méchant » reste charismatique).

Pourtant c’est le plan des ennemis (humains) de Conan qui m’a plu dans cette histoire. En effet, pour se débarrasser d’un chef de guerre puissant et rusé (d’ailleurs, un élément intéressant, parce que pensé comme pratique pour les récits – enfin je vois ça comme ça-, conan parle beaucoup de dialectes, une connaissance intuitive utile à la survie et qui demande une attention dont on ne le penserait pas capable à première vue),  les seigneurs décident d’appâter le barbare avec une jolie jeune fille, de lui retirer de la vue pour ensuite l’accuser de l’avoir enlevée pour finalement lui dépêcher un messager le prévenant de la belle à tel endroit (lieu du piège). On pourrait croire qu’une telle ruse (complexe et « civilisée ») ne marcherait pas sur notre héros. Or, elle fonctionne à merveille, nous retrouvons Conan pourchassant la jeune fille sur une île soit disant déserte.

Finalement ce n’est pas l’intelligence ou la ruse qui font défaut aux citoyens civilisés, leur plan est bien pensé, mais quand ils hésitent, qu’ils préfèrent attendre (en retrait) pour s’assurer qu’il n’y a pas de risques que tout est en place, c’est là qu’ils perdent la partie. J’ai apprécié que l’opposition entre barbarie et civilisation s’opère autour d’une réflexion machiavélique, complexe et fonctionnelle, cela montre la variété de la réflexion de l’auteur. Poser la problématique de la violence ou de la société à travers un prisme manichéen inversant nos repaires (la vie en société urbaine organisée sous la coupe d’un despote représente le bien et la vie barbare sans règles figées représente le mal) aurait fait long feu, Howard paraît décidé à tester ses principes et à tirer des profits narratives de ses expérimentations, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

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