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conan-le-cimmerien

Je comprends la volonté de vendre Conan dans un ordre chronologique, de reconstituer le mythe, d’apporter une architecture narrative à cet ensemble disparate. Je comprends cela parce que c’est une jeu frustrant pour le lecteur que de sauter d’une histoire à une autre sans plus de repères que ça, mais cette frustration fait partie du plaisir car c’est l’élément qui nous permet de nous créer notre propre Conan, notre propre chronologie, notre propre mythologie.

Au départ j’étais vraiment happé par l’idée de « contraste » par la façon qu’avait Howard de forcer les couleurs vives, de donner du relief et de la vie à ses récits, de nous imposer Conan par le choc des épées, des corps, des situations mais aussi des émotions. Au fil des nouvelles, cet aspect s’est retrouvé subsumé par la distinction entre civilisation et barbarie. Ainsi, cette nouvelle – urbaine – nous plonge dans cette thématique (quid du barbare et quid du citoyen ?). La victime désignée ne comprend pas qu’elle doit fuir et préfère se venger à l’avance (déjà là, le choix moral est exceptionnel de traitement), étant un homme « politique » le personnage se révélera plus fourbe et moins victime qu’il y paraît, le méchant sera un prêtre usant de son ministère pour assouvir son besoin de « justice » et le démon à abattre sera le fruit (caché) des pulsions du prêtre pour le pouvoir absolu. Un élément est patent celui de la paranoïa (ou de la peur) le prêtre vie dans une demeure truffée de pièges en tous genres afin de le protéger des agressions extérieurs (trappe, grille, poison – d’ailleurs ça nous change, cette fois le lotus est gris  -) tout un arsenal anti-intrusion qui ne servira à rien puisque le danger vient de l’intérieur, encore une fois nous avons droit à une réflexion intéressante sur les efforts civilisationnels pour se protéger des causes exogènes de son malheur.

Le parti pris de départ est intéressant et j’aurais apprécié un récit un peu plus long avec quelques « pistes » supplémentaires afin de proposer une cheville narrative plus poussée entre l’aspect « infiltration » et l’aspect « survie », mais on va dire que c’est parce que j’apprécie les policiers.

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