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conan-le-cimmerien

L’une des forces de ces récits, particulièrement de celui-ci que je n’ai pourtant pas adoré, c’est leur dynamisme. Bien évidemment nous sommes dans des histoires d’aventures, bien évidemment il s’agit de tenir le lecteur agrippé à ses pages et bien évidemment avec le temps nombres des mécanismes (lieux, ressors scénaristiques, retournement de situation, bestiaire, cérémonie, dieu etc) sont passés au rang de clichés, mais tout de même. Une femme se prélasse sur un bateau en aguichant l’équipage de gueux à ses pieds tandis que son ravisseur de capitaine règne d’une main de maître sur ce beau monde, certes quand un nageur surgit de nulle part on se doute qu’il s’agit de Conan. Mais, le voir se mêler à l’équipage en faisant bonne figure (bon il tue un homme d’un coup de poing, mais ils avaient un sens du bizutage un peu rustre à l’époque), le voir suivre le capitaine pour le tuer et lui ravir son navire et son équipage et sa femme, pour finalement tomber sur un peuple étrange réducteur de tête au service d’une entité verdâtre liquide… le tout en une vingtaine de pages, voilà de quoi en remontrer à de nombreux auteurs.

Il n’y a pas de temps morts mais il y a toujours un enjeu, bien souvent ce dernier est narratif. La jeune femme suit Conan suivant le capitaine, elle découvre un corps avant de hurler face à une menace inconnue et là Howard nous gratifie d’un flash back, plus loin Conan décide d’affronter seul une meute de ces créatures en attendant des renforts, dont on ne sait s’ils parviendront à temps. Autant d’effets et pourtant pas une trace d’usure car même dans ces moments explicatifs, dans sa gestion de la frustration Howard va à l’évidence, à l’action. Le dosage est plus savant qu’on ne le croit, les récits de mystères, d’enquêtes cherchent à créer une atmosphère, à laisser penser que, à émoustiller, alors que ceux d’aventures jouent la carte d’une action trépidante qui fait bien souvent oublier le vide du récit, Howard (il y en a d’autres bien évidemment) parvient à imbriquer les effets de l’un dans les nécessités de l’autre. Un duel aura toujours plus de « valeur » qu’une description, mais il y aura des éléments suffisants angoissants ou peu expliqués (ou les deux) pour nous donner le vertige. N’ayant pas apprécié plus que cela cette histoire (peut-être l’avais-je déjà lue en fait) j’ai tout de même pris du plaisir à en suivre la construction,  à voir comment l’auteur donné vie à l’équipage, bien que fait de portraits rapidement brossés ou traité en masse, ces hommes restent vitaux pour le récit, leurs rites, leurs codes sont une part importante de l’intrigue (s’ils ne sont pas pris en compte, si on attaque le capitaine en leur présence par exemple, on risque la mort), ils n’hésitent pas à s’enivrer ou à prendre part à une bataille sans rechigner. Une image d’Epinal de pirates sanguinaires, mais suffisant évocatrice pour qu’on y adhère et que l’on s’image les aventures qui vont suivre.

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