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conan-le-cimmerien

Ça doit commencer là, dans ce désert chauffé à blanc. La fille dénudée (ou presque) est déjà là, l’auteur prendra la peine de nous expliquer sa présence un peu plus tard (une fille achetée sur un marché aux esclaves), elle sera un moteur essentiel de l’action (que ce soit par ses cris, en se pendant au cou du barbare ou par sa jalousie) mais surtout elle donnera lieu à la première scène franchement érotique. Nous avions déjà eu droit à quelques incursions dans le domaine, mais là notre jeune et frêle héroïne se voit prise entre les griffes d’une femme sculpturale qui, la percevant comme une menace, décide de la donner en pâture au dieu ancien qui traine son ombre dans les environs. Rien de bien étrange me direz-vous, certes, mais disons que trouver un anneau mural où attacher sa proie ça tombe déjà à pic mais quand, en prime, vous avez un fouet à portée  de main il faut commencer à jouer au loto. Bien évidemment cette scène torride tournera à l’aigre (enfin : au visqueux) avec l’apparition du dieu ancien en question. Outre ce traitement un peu plus gratuit qu’à l’accoutumée, la ville de Xuthal est l’une de ces constructions dont on pourrait encore se servir à loisir.

Son peuple, enfin ses vestiges, s’est vu décimé par un dieu vorace, un dieu qu’il vénère, du moins qu’il craint et qu’il n’a jamais cherché à combattre, se faisant une raison. Pis encore, la population était constituée de génies en tout genre, mais ils ont préféré sacrifier leur science et leur savoir à l’indolence d’un plaisir d’opiomane (encore et toujours ce fameux lotus). Une image de la décadence qui permet de fustiger la civilisation et que l’on peut « lire » de bien des manières, comme une critique du scientisme, comme un appauvrissement de la morale, comme une vue lointaine de ce que sont devenus les générations présentes avec l’essor des écrans.

Si l’on ne peut pas dire qu’il s’agit là d’une nouvelle exceptionnelle, on peut mesurer à quel point Howard parvient à insérer de l’érotisme sans en faire trop dans le racolage, mais surtout on peut mesurer la force de ses évocations. Des images de cités-sociétés en déclin ou de peuple choisissant la drogue il en existe une palanquée, celle-ci (comme d’autres) reste et c’est fort.

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