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conan-le-cimmerien

Plusieurs éléments marquants font de cette nouvelle une pièce maîtresse et ce quel que soit notre opinion subjective à la lecture.

D’une part, on retiendra la mise en place du récit dans une taverne, Conan glane un renseignement, ne supporte pas une moquerie et réagit au quart de tour. Une manière de présenter le personnage en action et en réaction, nulle explication, nulle présentation, nous sommes directement plongés au cœur de la bataille. Conan cherche un joyau précieux, l’appât du gain, de la prouesse seront nos seuls indices qu’en à ses motivations. Il trouve ensuite un acolyte de valeur, un moyen de maximiser le danger de l’entreprise, de faire monter la pression d’un cran sans avoir recours à des descriptions complexes. Le seul fait que Conan l’accepte à ses côtés donne du poids au personnage. Dès lors la mort de ce dernier n’est pas un drame suffisant pour nous tirer des larmes, mais cela maintient nos sens en éveil et, là encore, le danger s’en trouve agrandi. Alors que l’on pourrait s’attendre à un combat épique, le crescendo de cette histoire s’avérera d’autant plus étrange et déroutant. Tendre la corde au maximum sans jamais trop en faire mais au contraire pour jouer sur l’effet de surprise et un système efficace mais difficile à manier, l’auteur s’en tirer à merveille. Difficile de ne pas plonger dans ce vol sensationnel de ne pas frissonner face aux périls qui se succèdent, de ne pas être surpris par la fin.

D’autre part, plus encore que dans les précédentes nouvelles, il y a un fort aspect symbolique dans les soubassements de l’aventure. Une tour blanche au milieu de la ville, un pouvoir ancien, de mystérieux gardien, une montée vertigineuse, un joyau maudit, un monstre encore plus terrible et, enfin, l’explication du nom de la tour. Une explication qui plonge tout le monde de Conan dans un abîme inconnu jusqu’alors. Si l’on avait pu remarquer une cohérence interne à cet univers (plutôt que de raconter les événements de manière chronologique ou de créer une suite logique à ces aventures Howard préfère glisser çà et là des éléments géographiques, historiques ou culturels récurrents, par exemple dans les nouvelles on remarque le nom d’un magicien stygien et ce pays est connu comme celui de la magie, les noms des dieux sont les mêmes. De quoi alimenter l’imaginaire sans le surcharger, sans jouer sur l’idée de liste, de savoir, de taxinomie, qui irait à l’encontre de la pulsion, du rythme barbare, toujours l’aventure, l’exotisme et la découverte dominent), le mystère restait à dimension humaine, avec l’explication « finale » de cette nouvelle, notre échelle de mesure prend une bonne claque sur la tête et nous sommes obligés d’admettre l’étendu de notre méconnaissance. Là ou Lovecraft (ou d’autres) en aurait profité pour amener de la folie (pour le dire vite) ce n’est pas le cas ici, en effet, Howard permet au lecteur de prendre la mesure de son ignorance mais à peine la surprise passée voilà qu’il est de nouveau temps d’agir.

Ainsi, la construction narrative accompagne la construction symbolique, les dangers deviennent de plus en plus vicieux, les symboles de plus en plus noirs, et dans un renversement (qui parle de contraste ? ^^) le symbole devient lumineux et la tension se résout. Le lecteur se voit embarquer dans ce manège émotionnel sans pouvoir en sortir. Une nouvelle diablement bien menée.

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