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conan-le-cimmerien

J’étais prévenu, les premières histoires donnaient à lire un Conan différent à chaque fois. Forcément, je m’attendais à le voir en jeune homme, en voleur aguerris mais peut-être pas encore expérimenté. Si c’est le cas, notamment sur le plan physique, il n’empêche que Conan reste Conan (dit le lecteur au bout de trois nouvelles). Campé sur ses deux pieds, l’épée prête à jaillir de son fourreau, le regard farouche, le verbe vif (enfin « vif » dans le sens « tu dis un mot et je te coupe en deux ») Conan est un mur sur lequel rebondissent toutes les tentatives de dialogues. Tout juste se sentira obligé de répondre et de s’expliquer une fois dans la nouvelle.

Pour la première fois (de manière aussi explicite) Howard oppose la barbarie à la civilisation. Comme barbare Conan ne peut être que coupable, on ne cherche pas à comprendre les circonstances mais à faire régner la paix, fut-ce par le vide. Il est toutefois à noter un élément intéressant. Le préfet prend le temps de mener l’enquête, de retenir les troupes, de s’interroger, de peser le pour et le contre, face à un cadavre étranglé il se dit que le barbare armé d’une épée ne fait pas un coupable idéal. La civilisation n’est pas dépourvue d’une intelligence pratique, elle est apte à reconnaître la barbarie à en cerner les éléments fondamentaux. Or, ce « rapprochement » s’opère car le préfet pense avant tout à la survie de ses hommes. Il sait que les gardes de la cité ne font pas le poids face à une telle masse de muscle surentraînée. L’intelligence est fonctionnelle, opérative s’il lui reste de l’instinct. On remarquera tout de même qu’à trop vouloir parlementer le personnage ne fera pas long feu, alors qu’à la toute fin Conan, lui, sera réagir sans se poser de question, ce qui lui permettra de survivre.

En traitant l’élément mystérieux comme un mobile de meurtre, en construisant son récit comme une enquête dans laquelle Conan est le coupable idéal, Howard trouve le terreau idéal pour faire se confronter la civilisation et la barbarie. Plus tendu, moins rythmé que les précédents récits, celui-ci prépare le terrain à l’explosion finale (lorsque Conan agit c’est de manière expéditive), posant de facto les limites entre les mondes (une position accentuée par la rouerie du commanditaire du vol).

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