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conan-le-cimmerien

On pourrait croire que tout commence ici, que la seconde nouvelle donne du sens à la première ou quelque chose du genre, histoire de promettre une exégèse ou un début de théorie.

Mais l’on reste encore dans le domaine de l’impalpable, seulement cette fois le contraste est plus violent, plus saisissant. Noter qu’à la suite d’une bataille la neige est rouge sang c’est un truisme, une évidence si banale que la violence en devient fade. Le noter trois fois sur la première page (2 fois sur la première demi-page et une fois à peine celle-ci tournée en fait) c’est soit commettre une faute de goût, soit amener un effet. Si l’on songe que l’apparition de la fille du géant du gel est aveuglante (comme le soleil se reflétant sur la neige et sur les armes) et que le sang de Conan se répand dans son corps et non dans la neige, cela renforce la bestialité du désir (c’est un sanguin le coquin, rien à dire)  et, donc, l’effet de contraste.

D’autant qu’à peine la bataille achevée, notre héros est le seul survivant et déjà en lieu et place de la victoire nous le voyons « envahi d’une lassitude soudaine et d’un profond dégoût ». De quoi surprendre (ou apporter de la cohérence au personnage si on a lu la première nouvelle) et là aussi jouer sur le contraster, je tue le dernier adversaire, je suis le vainqueur mais comme je n’ai plus rien à combattre, je suis triste et sans raison de vivre.

La forme et le fond de ce récit rappellent une structure mythique, on y voit un désir violent, un impondérable, un piège d’amour, des divinités fourbes et glacées, une illustration de la volonté humaine etc. Toutefois, la fin se veut sans doute plus « romanesque » qu’édifiante, difficile d’en tirer une morale quelconque. Or, ce qu’il y a de marquant c’est que sur un champ de bataille, Conan ne perçoit que les ennemis ou les amis et qu’il s’identifie à un camp non pas en fonction de son origine (il est ici un mercenaire) mais en fonction de son ardeur au combat. Deux éléments qui entrent en résonnance plutôt qu’en contradiction et qui rappelle furieusement l’esprit des sagas.

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