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Franchement, malgré le dossier de Bifrost et l’introduction du volume, mes souvenirs de Conan (mélange informel du film – les autres n’existent pas – , des bandes dessinées et de mes lectures d’adolescents) allaient s’investir pour remporter la bataille. Difficile de faire entendre raisons aux préjugés sur la barbarie. Je m’attendais donc à des histoires simples, pour ne pas dire simplistes, et à un traitement bourrin. Les premières lignes me donnèrent raison, quelques secondes.

Howard commence son histoire par ce qui fait fuir de nombreux amateurs de fantasy (pas uniquement mais tout de même) : une liste de noms exotiques. Ça doit être une manie de certains auteurs de faire croire à la richesse de leur imaginaire par le biais d’invention langagière, ça doit être l’équivalent d’un bestiaire saugrenu. Dès lors, c’est se prendre un revers en plein tête que de digérer tous ces noms, ces exhortations au dépaysement. J’avais beau me dire que cela datait des années 30 et de weird tales, l’effet pesait lourd dans ma besace. Si l’on ajoute à cela une histoire déjà lue quelques centaines de fois, mes pires craintes commençaient à prendre forme. Sauf qu’au final, j’avais bien le cœur à mille à l’heure.

Je me souviens d’un film à gros budget, Jason Bourne, qui propose une mise en contexte sociale et politique forte en plaçant les émeutes d’Athène comme centre névralgique de sa longue exposition. Un moyen de dire « nous sommes dans l’actualité, dans le contemporain », mais quand le traitement formel de l’intrigue de suit en rien les enjeux politiques de la situation, que le film ne dénonce rien de nouveau (enfin pas depuis ces 40 ans dernières années au cinéma d’action) et construit son action autour des usages de la « saga » et du jeu vidéo (qui lui a su se renouveler), on se dit qu’on a perdu son temps et que l’on nous trompé sur la marchandise. Que l’habit ne fait pas le moine. C’est exactement l’inverse qui se passe ici : l’habit fait le moine, enfin le barbare.

Les mauvaises adaptations, les incarnations les plus identifiables par le pastiche, on surtout trop habillé ce personnage (c’est une image, un pagne en fourrure ne fait pas tout une garde robe). C’est la lecture de cette première nouvelle qui m’a fait prendre la mesure du propos de l’introduction. Le contexte est riche, très riche, mais le personnage et l’action sont une forme d’épure. Il y a là un véritable contraste, un envoûtement. Il fait penser aux premières lignes de Salammbô ou aux tableaux orientalistes, ce qui fonctionne c’est l’imaginaire. S’il y a surcharge d’un côté (et souvent un majestueuse gestion de la lumière) il y aussi de l’obscurité (au sens propre ou des zones d’ombres psychologiques non expliqués) des points que l’on explique pas. Si tout nous aveugle ou surcharge nos sens on imagine plus, on se perd. En revanche, si à la luxuriance répond l’urgence de l’action, il se trouve des points d’ancrages des deux côtés du spectre et, au milieu, une zone de liberté immense.  La liste de nom répond la dureté au combat de Conan et des mystères de l’anneau du sorcier nous ne serons pas grand-chose. De l’exotisme, du réalisme cru et violent et, comme un pont de fumée, un peu de mystère, de fantastique.

Génial, je viens de me rendre compte de la pertinence de l’introduction. Certes, mais ce qui est troublant c’est que l’efficacité du modèle présenté (je soupçonne, encore une fois la présentation aide, qu’il en n’ira pas toujours de même) repose sur un dosage précis. Trop ou pas assez d’exotisme n’aurait pas permis l’effet de contraste voulu, il en va de même pour Conan dont on sait qu’il est roi mais dont devine surtout l’extrême mélancolie et l’ennui, au moins autant que ses capacités certes hors-normes mais humaine.

Et en prime il est question d’un anneau magique perdu (Tolkien lui a tout piqué^^). Une première nouvelle qui vous plonge dans les eaux froides et sombres d’un fleuve auquel il semble pourtant difficile de résister.

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