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P….. de b….. de m…. (vive la langue française), j’oublie de parler du Bifrost 84, le spécial Co… Robert E.Howard et personne me prévient (genre je dirige un blog d’une importance capitale, le centre névralgique d’une activité sociale et médiatique sans pareille). Il a fallu que je cause pulp avec un auteur de polar pour me taper sur le front, juron à l’appui, pour me souvenir de mon oubli.

Pif, paf, pouf… qu’il est bon d’être en retard dans le monde merveilleux d’Alice la  free immédiateté.

Un joli, si si je l’ai trouvé joli moi avec moins de whisky, de hargne, de potacherie que parfois, mais très agréable, un joli Edito. Le texte n’en dit pas long mais suggère pas mal, une présentation de bon aloi.

Concernant les nouvelles.  Celle de Christian Léourier m’est passée un peu au-dessus de la tâte. Enfin, disons qu’elle a le malheur de se trouver entre deux textes que j’ai beaucoup appréciés et qu’en prime le dessin qui la précède et l’enlumine m’a tellement interpelé que le texte a peiné à se frayer un chemin à travers tous ces obstacles. Pourtant, j’ai eu un sentiment « à la Vance »,  pour moi cet auteur est l’archétype du mec qui fourmille d’idées, qui écrit un livre pour expérimenter ses idées, pour leur donner corps en les contant et qui, une fois qu’il a vérifié que tout fonctionne au poil, s’en va en tester une autre en nous laissant avec un récit, terminé certes, mais ô combien frustrant. Cette histoire de groupes humains parasitant des « monstres » gigantesques sur ce que l’on suppose être une exoplanète, est une foutu bonne idée et j’en suis restée frustré. Sans doute par le traitement aventureux et par la fin, ce qui est bon signe en somme.

Le texte de Romain Lucazeau m’a, comment dire, bluffé. La présentation de l’auteur me donnait envie de fuir loin, très loin (pour le coup je me souvenais de ma première rencontre avec le monde des A ). De la philo (depuis que j’ai arrêté y revenir pourquoi pas, en lire dans des romans ou nouvelles, pourquoi faire ?), des hautes études, une sorte de parcours politisé, un peu lisse. Comme quoi les préjugés on la vie dure, mais heureusement lorsqu’ils se brisent la satisfaction est sans pareille. Si la présentation parle de Simmons j’ai plutôt pensé à Banks, enfin disons que cette nouvelle à des références de poids. Le récit propose un juste équilibre entre une part d’exotisme et de mystère (au début), de construction classique (anciens amis et amants qui refont l’amour avant de parler, par exemple),  de hard science (la partie sur l’intelligence artificielle et la partie du cerveau qui contrôle le sentiment de déjà-vu) et d’ambition en terme de contexte (tout ce background autour d’une ancienne dictature écolo, du renouveau d’un empire romain, des idéaux révolutionnaire platoniciens… ce n’est pas rien), un équilibre juste qui a le bon goût de s’attarder sur le personnage principal sans trop en faire. Une belle idée, travailler soin et plaisir (on sent un certain plaisir à peaufiner les éléments, à construire un puzzle dans certains motifs restent dans le flou pour le lecteur).

Le texte de Howard vous met dans le bain du dossier à venir. Seul hic, la postface de Patrice Louiret m’a coupé l’herbe sous le pied, j’étais là à profiter du récit et « voir » les archétypes derrières les personnages (ou l’inverse), à me dire que tout de même ce petit récit de rien du tout parvenait à bouger des montagnes de relations humaines, à évoquer mille nuances là où les scénaristes de séries sont souvent obligés de « trop » en faire pour coller le spectateur à son écran quitte à devoir bâcler leurs personnages (disons que j’avais en tête « westworld » et son succès annoncé – avant parution, comme dans les meilleurs feuilletons politiques – à l’obligation pour les « show runners » de créer des archétypes identifiables mais pas trop, à cataloguer les uns et les autres dans des intrigues et des enjeux complexes, à devoir tout prévoir à l’avance sur quelques saisons et à se laisser de la marge pour la suite… ce qui m’a fait décrocher rapidement. Alors que ces quelques pages évoquent à merveille tout un panel d’émotion et de réflexion plus complexe car plus libre). Bref, j’étais content de ma lecture et paf, Monsieur le spécialiste se croit plus malin que tout le monde en proposant une lecture intéressante et bien foutue, pfff, c’est facile quand on est le spécialiste. Je garde tout de même une perle comme « il ne comprenait un danger que lorsqu’il menaçait son argent… pas sa personne ». C’est ce genre de phrases définitives, directes, précises et justes que j’aime dans la littérature populaire (comme on dit) dans les nouvelles et le pulp, cette capacité à saisir l’évidence et à la rendre (coup pour coup) avec la force d’impact suffisante. Pas le temps (surtout, pas la place) de finasser, de tergiverser, on a un récit à mener mais ce n’est pas pour autant qu’on est là pour faire dans la lourdeur et l’idiotie frustre. Une nouvelle qui a du coffre.

Viennent les avis sur les parutions, déjà que l’actu et moi ça fait quinze, mais en prime si je suis à la bourre, je ne vais pas m’attarder sur la question. D’autant que les chroniqueurs eux-mêmes n’ont rien trouvé de « mauvais » à déconseiller cette fois-ci… y’a tout de même la parution de watership down qui me fait de l’œil, mais comme un autre « monsieur toussaintlouverture », une histoire de maison, se plante dans mon champ de vision, ces avis me renvoie à un dilemme. Je retiens également « angle mort », il me semble bien que ça fait déjà deux ou trois fois que je me dis que je retiens cette parution, va vraiment falloir que je gagne au loto pour me dégager des heures de lecture, je ne vois que ça.

La bonne idée de la dernière parution, à savoir un entretien avec un traducteur (en l’occurrence, une traductrice) revient, cette fois avec Mélanie Fazi. Bon, au-delà de mes boutades, j’ai vraiment pris plaisir à découvrir cette auteure et la lecture d’un deuxième recueil est un projet entériné. Retrouver ses goûts et références, cela permet d’apporter de la cohérence à son propos, mais c’est surtout l’aspect « travail quotidien » que j’ai apprécié dans cet entretien. Il y a, bien sûr, une réflexion sur la traduction, sur les difficultés, les choix, les bons et les mauvais moments, mais c’est la perception de cette activité comme gagne-pain quotidien qui m’a touché. Un aspect que l’on pourrait penser « trivial » mais qui permet aussi, surtout, de relativiser sur les métiers du livre (l’édition : un marché comme un autre), sur la précarité et la singularité de ce job (en prime j’ai appris qu’il y avait des études pour devenir traducteur… j’aurais dû faire ça avant de m’attaquer à des traductions de comics en fait ).

Espérons que ces entretiens continus.

Arrive le dossier sur Robert E.Howard, enfin non, le dossier sur Robert E.Howard qui n’aurait pas pu exister sans Patrice Louinet ! J’aurais dû noter combien de fois son nom apparaît dans le dossier, bon je me moque (gentiment) mais l’on sent la passion et le travail abattu.

Pour moi ce dossier est une mise au point, j’étais resté à mes lectures d’adolescents du bonhomme, à une vision de Conan marquée par le cinéma et la bande dessinée (d’ailleurs c’est une très bonne chose que de ne pas avoir fait d’articles sur les adaptations de ce héros, et des autres, dans d’autres médias, cela mériterait un dossier complet tant les différences sont nombreuses et surtout cela aurait, me semble-t-il, volé la vedette à l’auteur qui mérite que l’on si attarde pour d’autres raisons). Exit donc, si ce n’est justement pour préciser çà et là en quoi les écrits sont loin des clichés qu’on leur attribue généralement,  la « chronologie » du barbare et autres fadaises.

La courte de vie de Howard est parfaitement racontée par Patrice Louinet, le propos est éclairant parce que sobre, il délimite la vie, la personnalité et le contexte de création de cet écrivain de métier. Le propos de Claude Ghédir sur les limites de la matière fantastique dans l’œuvre de Howard m’a vraiment appris pleins de choses (euh, bêtement c’est un peu le propos de ce genre de dossier, même si je pinaille toujours, je suis loin d’être spécialiste de quoi que ce soit et il est bon de temps à autres de préciser que l’on apprend des choses). Déjà parce que je ne connaissais pas la majorité des écrits de l’auteur mais surtout parce que cela permet de mesurer à quel point une œuvre, un héros, peut dévorer tout un travail, surtout quand l’imaginaire collectif se fait une représentation tronquée ou déformée du dit héros. Un article passionnant. L’épique parcours d’une œuvre de Patrice Louinet et les années NéO de Malik Djélil sont deux articles complémentaires car ils reviennent sur l’édition de l’œuvre du Texan, d’un côté on suit le parcours chaotique d’un homme écrivant des pulps pour vivre, tombant dans l’oubli, aux écrits remaniés et souvent limités à une seule perception, de l’autre on mesure ce qu’est un travail d’édition de longue haleine. Le guide de lecture, permet de finaliser cette démarche en s’appuyant sur le travail, colossal, de Patrice Louinet aux éditions Bragelonne. Au final, on cerne mieux ce qui relève du mythe, de la réécriture, des erreurs de lectures mais également les essais et erreurs d’un auteur prolixe et donc pas toujours au meilleur de son inspiration. Le tout contextualise la naissance d’un « genre » ainsi que des inspirations antérieures ou futures, Howard y trône en écrivain original et séminal, ce qui est une bonne chose. Benjamin Bories s’attarde sur le lien entre Tolkien et Howard, franchement je n’apprenais rien en lisant cet article. Des colonnes pour dire les points communs et les différences, autant de poncifs selon moi. Puis, j’ai compris l’importance du propos. Bories n’écrit pas pour pointer l’évidence mais pour mettre de côtés les jugements hâtifs et les guerres de clochers, pour montrer combien ériger des murs de certitudes (sans brèche) et des dogmes est une activité nuisible pour la littérature et la compréhension de la dite littérature. Un article bienvenu quand on mesure avec le recul des décennies (pas comme moi) les tonnes de clichés proférés sur l’un ou sur l’autre de ces auteurs. Je connaissais l’existence d’une correspondance entre Howard et Lovecraft mais Bertrand Bonnet en montre à la fois l’ampleur et l’intérêt, tant du point de vue des écrivains, que de celui des lecteurs. Il n’y a plus qu’à attendre la publication de la dite correspondance pour être moins frustré. Patrice Louinet s’attache à nous montrer les particularités du style de Howard, comment son approche des genres les à renouveler et a permis de rebattre les cartes de l’imaginaire.

Bref, c’est un dossier complet et captivant. Ce qui m’a marqué c’est qu’au final le travail d’édition de Bragelonne aurait dû être celui de la pléiade (entendons-nous bien, je suis ravis de voir que ce travail existe et que Bragelonne s’en soit occupé, mais je me dis qu’il y a encore un sacré pas à franchir avant que les continents se rejoignent). On aura compris que j’ai demandé un volume à mettre sous le sapin (bon la liste est copieuse, il faudrait en abattre des forêts de sapin pour la remplir, mais gageons que même si le souhait ne se réalise pas, je franchirais le pas de la découverte de cet auteur dans cette édition). Sinon, je vous ai dit que Patrice Louinet avait participé au dossier ? J

On poursuit avec Scientifiction de Lehoucq et Steyer qui nous parle de l’origine des espèces. Encore une fois, j’aime ce sentiment de « vulgarisateur  mais pas que… ». Je ne me contente pas de sourire bêtement à la conférence hyper montée, coupée, écrite d’un youtubeur confondant trop souvent le divertissement et la rigueur (pas tous mais tout de même, il y en a beaucoup qui me lassent un peu… tiens je profite de la parenthèse pour m’épancher sur ceux qui aiment à « parler de tout » mais qui aiment les raccourcis faciles et aussi sur celui, en biologie il me semble, qui explique – avec raison – par le menu comment la presse s’est emparé du « scandale des ogms »  et combien cela fait du mal à la science et qu’il faut croire les publications scientifiques… tout en omettant de préciser comment fonctionnent les publications scientifiques, d’un point de vue monétaire déjà mais aussi –ce qui aurait été à propos – d’un point de vue politique, quand, par exemple, des labos privés inondent de papiers pour créer un doute suffisant pour empêcher la mise en place de loi…  mais bon parler du « scandale des ogm »  – encore une fois, avec raison, – ça doit faire mieux que de parler du « scandale du cholestérol », il ne devait pas y avoir des publications scientifiques ou d’argent publique en jeu.), je suis obligé de sortir un dictionnaire (merci internet) de m’arrêter pour bien vérifier que je comprends le propos. Au fil des numéros les articles ne dispensent jamais de « vision » ou de « conseil » sur comment penser le monde ou la société à travers un prisme scientifique, ils ne mettent pas en place une argumentation socialisante ou édifiante, ils proposent au lecteur de s’accrocher et de se renseigner si tel est sont bon plaisir. La vulgarisation n’empêche pas le travail, ces articles ne sont jamais des éloges à la paresse, à la satisfaction béate du consommateur, rien que pour ça (en prime dans une publication sur « un genre ») c’est un délice.

Je passe outre les « news » qui ne m’intéressent toujours pas.

Tandis que la rubrique « dans les poches » à la fois me donne envie de me pencher sur la publication des nouvelles d’Asimov et me fait me demander si j’ai bien fait de ne pas trop aimer « Spin » (oui, voilà, l’idée est géniale, mais les personnages m’ont semblé fadasses au final).

 

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