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Au départ j’ai cru que c’était l’histoire qui m’empêchait d’adhérer à cet ouvrage, d’en attester les valeurs sans ressentir de plaisir. Mais, il fallait bien se rendre à l’évidence, l’histoire est bonne, crédible et bien mise en scène. Si encore j’avais vu le film peut-être aurais-je pu me réfugier derrière une esprit critique comparatiste un peu trop marqué. A moins qu’écouter les symphonies de Sibelius durant la lecture n’ait pas été le meilleur des choix ?

Toujours est-il que ce n’est pas la fin qui m’a déçu, déjà au bout d’une centaine de page de me sentait détacher de l’ouvrage, pas à un point critique mais suffisamment pour avoir l’impression de peiner, d’en venir à bout, plutôt que de le lire.

Pourtant tous les ingrédients sont au rendez-vous. La traduction semble rendre hommage au style emprunt de poésie et de légèreté de l’auteur. Une légèreté teintée d’humour, d’un recul sur les choses qui intervient par touche, ici et là au creux d’un adjectif ou d’une comparaison, rien de vraiment visible ou remarquable mais qui permet de ne pas étouffer immédiatement sous le poids de l’histoire. La poétique est plus présente, on la retrouve dans des descriptions de paysages, mais surtout (c’est sans doute ce qui fait la qualité de l’ouvrage) dans les changements de points de vues. Ainsi l’importance d’une tête de statue nous mène à en découvrir les origines italiennes, à partager la vie de son sculpteur (une vie de misère et de fatalité à n’en pas douter), à la perception au premier plan des uns succède celle d’un militaire plus en arrière qui essaie de comprendre de quoi il retourne avec autant d’obsession que de désinvolture (jeter une cigarette prêt d’un dépôt de combustible ne démontre pas vraiment que l’on tient à la vie). Ces changements, ces alternances sont bien trouvés, bien rythmés, sans grand écart stylistique ce qui renforce la posture d’un narrateur omniscient qui nous guide avec savoir faire et bonhommie vers un des nombreux carnages oubliés de l’histoire.

La postface nous apprend que l’auteur a passé beaucoup de temps à faire des recherches avant d’entamer cet ouvrage, qu’il s’y est investit. On pourrait donc penser que l’ensemble manque de fluidité ou de charme du fait d’un paquet d’informations placardés en fronton de chaque chapitre. Ce n’est pas le cas, si on échappe pas à quelques « moments informatifs » ils sont bien menés, s’intègrent dans le récit et ne « volent » pas la vedette à l’histoire. Décidemment, c’est un ouvrage qualitatif. On pourrait sans doute trouver que le tout manque d’envergure.

Donc, il s’agit d’un bon ouvrage à côté duquel je suis passé. J’en étais là de mes considérations lorsque c’est justement le manque d’envergure qui m’a sauté aux yeux. Je me suis dis que j’aurais préféré plus de pages, plus d’ambitions, plus de force d’impact à un récit qui sommes toutes ne réveille pas vraiment de compassion ou (plutôt) de nuance émotionnelle. Alors, je me suis souvenu de l’introduction (mystérieuse) et de la conclusion (qui explicite le dit mystère) pour les percevoir pour ce qu’elles sont : des scènes d’ouverture et de fermeture cinématographique. Qu’il soit adapté ou non ni change rien, ce qui m’a gêné c’est bien cela, son écriture cinématographique, ou plutôt son traitement.

Les personnages sont porteurs de clichés (le grand benêt, l’enfant esseulé, le pourvoyeur d’idéaux, le traitre, pass… bref), de clichés surtout cinématographique. Et si certaines scènes proposent un décalage certain, c’est bien la trop grande cohérence de l’ensemble qui donne au projet un aspect trop digeste, trop chaloupé aux entournures pour ne pas céder à la tentation d’être une danse de l’été. L’histoire est bonne mais elle est racontée avec une volonté de bien faire, de plaire, de cadrer à des attentes, de fournir un cahier des charges opérationnel et viable.
Non pas que l’ensemble soit dépourvu d’âme ou d’envie, mais il ne s’agit pas vraiment de celles des personnages qui sont là pour assurer une fonction narrative plus que pour porter des caractères, des incidents, des accrocs, des dissensions promptes à nous faire chavirer.

Entre un matériel bien plus dense qu’il n’y parait, un entre-deux trop prononcé (entre refus d’un certain documentalisme cru et refus de la prise de risque littéraire, même si de bonnes idées sont présentes tout au long de l’ouvrage) et des personnages sommes toutes trop creux pour être honnête, presque sur le qui vive pour ne pas que la psyché du lecteur ne leur échappe.

C’est ce traitement qui m’a ôté le plaisir de la lecture, qui rend ce livre neutre à mes yeux.

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