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Quel idiot, j’aurais su j’aurais bazardé mon histoire de tapis depuis belle lurette et je l’aurais troquée contre un morceau de Cécile Corbel. Son univers parle de musique, de folklore, est poétique sans être passéiste, toquer à la porte des secrets, sourit et charme sans trop en faire et comme cette nouvelle évoque une harpe, j’aurais fait coup double. Voilà, il faut lire ce recueil en écoutant du Cécile Corbel et vice versa.

Le renard (on remarquera que le nom propre Goupil est devenu un nom commun ce qui n’a aucun rapport avec notre histoire du jour, mais comme cela résonne de l’ambivalence du sujet peut-être que se niche là un clin d’oeil) est l’un de ces messagers rusé dont on se demande toujours s’ils agissent pour leur compte ou pour celui d’un autre. Alors l’évidence de son aspect psychopompe nous prend à la gorge, son apparition est synonyme de malheur. Souvent ce malheur prend la forme d’un abus, d’une violence chez l’auteur, ce qui donne au fantastique une teinte de refuge gris bleu, une teinte douceâtre d’attente figée. Ce renard nous l’avons croisé à la fin de la nouvelle présente, le kitsune japonais est lui aussi source d’ambigüité entre gardien de temple et possesseur démoniaque, il y a de quoi faire.

Cette ambivalence, ce dodelinement indécis entre joie et tristesse, entre euphorie et tristesse, ne répond pas à la figure de Calliope (nom du morceau composé par l’héroïne) mais au statut de son amour. Si on retrouve le motif du souffle cher à l’auteur, un souffle universel symbole de vie, d’amour, du microcosme reflétant le macrocosme, embrassant tout sous l’égide de sa vérité, il n’en reste pas moins que c’est bien cet amour qui est ambivalent. Un amour unique qui devient un amour possessif, qui devient possession, appropriation et qui n’est plus du tout de l’amour mais une éruption tempétueuse de violence.

La raison pour laquelle je n’ai pas eu l’esprit à parler musicalité au fil de la lecture, même si comme on le lit cela aurait pris du sens, c’est que je ne parviens pas vraiment à en parler, c’est un vocabulaire qui m’échappe réellement. Toutefois, j’ai regretté que ce récrit n’aille pas plus loin dans cette évocation. On se doute que la brume animale reste à l’écart, au coin de l’oeil, qu’il faut aller vers elle, que c’est au musicien de s’apprivoiser, que cela relève du fantastique, du charme, de l’envoûtement et non du réel. Mais ce sont les concerts, les salles, les répétitions, les instruments, les liens artistiques qui m’ont paru comme en retrait et je trouve cela dommage. Premièrement le groupe représente (avant les animaux ou en parallèle avec eux car leur apparition semble normal aux autres membres) une famille, un clan dans lequel la présence de la narratrice à un sens, mais très vite il y a une rupture avec ce clan, j’ai trouvé que cette rupture (avant la brutalité) enfin plus exactement cet affadissement des relations aurait pu avoir plus d’impact. Deuxièmement, il m’a semblé que l’auteur connaissait ce milieu ou du moins avait fréquenté de jeunes musiciens (peut-être est-ce que j’ai tout faux) ce qui a creusé un peu plus ma frustration.

On se trouve encore une fois « en famille », presque en empathie, avec ce récit et l’on se dit que c’est déjà fini, qu’il faudra y revenir dans ce jardin.

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