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Plus je lis ce recueil et plus je comprends pourquoi on peut ne pas aimer Mélanie Fazi (enfin ce recueil, je n’ai pas encore lu les autres ). Des lecteurs n’aiment pas les familiarités

Tout ou presque fait signe, le prénom ancien évoquant une Bretagne de légende, la période de fin d’année, le bouleau tutélaire probablement funéraire, la flûte orphique, le renard, chacun de ces objets cherche à faire sens, nous tire par la manche pour mieux nous suggérer des histoires à raconter au coeur de la nuit, au coin du feu. Cette impression d’enchantement n’est pas nouvelle, loin s’en faut. On ne lit pas un roman, ni un ensemble de texte s’inscrivant dans un tout cohérent, mais un imaginaire se dessine, se tisse disais-je plus haut, bel et bien entre ces textes et entre eux et nous.  La période de noël, un père veuf, un deuil à complet, une fille (grande ou petite) en héroïne, la transmission, l’utilisation d’un folklore anecdotique, quotidien pour courber le réel, pour le plonger dans un merveilleux palpable, des corps entre deux mondes (ici celui des vivants et celui des morts). Tout cela nous l’avons déjà croisé, nous l’avons aperçu selon un angle et une lumière différente. On peut ainsi en avoir marre, se dire que l’auteur se répète, qu’elle fait toujours la même chose : des ronds dans l’eau ; ou on peut plonger dans la mare et regarder les ronds dans l’eau autrement. Il y a récurrence, répétition des motifs dans le tapisserie, mais au profit d’un motif général plus grand. A lire ceci on pourrait se dire que l’harmonie du recueil passe par un assemblage de textes répétitifs sans réelle créativité, ce qui prouve que je ne sais pas écrire pour faire passer des idées. Plus sérieusement, pour reprendre l’imagerie du Locataire que j’avais déjà évoqué il y a quelques temps, ces textes me font penser à un harmonica de verre. Il ne s’agit pas d’un assemblage de touche ou de corde atone (parce que pour en tirer quelque chose il faudrait aller dans le blues ou dans l’abstraction) mais de pièces fragiles aux résonnances  singulières et uniques. Dans ce texte les éléments prennent un sens nouveau, celui de l’oubli (puisque revoir les morts ne signifie pas que l’on puisse les choisir) et du renouveau. Comme les éléments prennent un sens nouveau à chaque fois, les textes nous semblent de plus en plus familier.

Le recueil n’est pas uniquement un assemblage de motifs esthétiques, il acquiert une valeur symbolique, presque magique.  Les textes sont des ornements, l’expression d’une intimité et d’une mythologie. On rejoint ici la notion de jardin clôt, de monde à part, d’un endroit où se même raison et sauvagerie, culture et nature (enfin si cette opposition a encore des choses à dire). Plus qu’une énième variation, qu’une figure de plus, ce texte nous invite à regarder sous l’écorce, à nous délecter de cette familiarité de l’écriture et du style.

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