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« Nous nous aimerons, Longtemps enlacés sous la terre glacée, nos ongles pousseront. Le lierre sera notre maison, les feuilles mortes et les fougères, les animaux à fourrure et le sang es rivières nous tendront les bras. Et toi creuse au fond de toi, ne change pas » comme disait poète.

Etrange idée que de parler de dragon au printemps.

La littérature s’offre parfois le privilège (elle se l’offre plus qu’elle se l’octroie) de faire des ponts, de créer des passerelles. Ici le dragon sert de lien, entre deux époques, deux croyances, deux blessures. Déjà on retrouve l’idée d’une région, d’un endroit qui enfante des êtres à part, des êtres uniques, si ce n’est que cette fois (autre face de la même pièce) il ne s’agit plus de préserver un don mais de détruire ce qui n’est pas dans la norme. Toutefois, l’éradication n’étant pas une bonne solution (c’est fou comme tuer l’ennemi ne le fait finalement pas disparaître) la terre se souvient, la terre engendre d’autres graines, sème à tout vent. Il est question de rhizome, d’une végétation, du renouvellement cyclique qui correspond au vert, au printemps et, ce qui n’est pas si surprenant, à la fin de l’enfance et au dragon. Comme  des bulles fragiles les souvenirs remontent à la surface, les souvenirs et les blessures. Le calvaire d’un jeune enfant (re)devient celui d’une communauté. Blesser la terre, c’est en négliger les bienfaits, c’est vouloir la dompter, la contraindre, lui imposer une rigueur, des règle, en cela l’image de l’apprentissage, de l’éducation rigoriste est bien trouvée.

Toutefois, outre les souvenirs et les corps, c’est la nécessité du mal qui m’a interpelé. En effet, la logique du récit repose sur la présence d’imbéciles qui toujours recommencent leur oeuvre de destruction. Or, sans aller jusqu’à dire que cette présence légitimisme le bien, que ce dernier a besoin du mal pour exister, il faut admettre que la présence du mal (de la bêtise, de la cruauté) à quelque chose d’inéluctable. Avec les souvenirs la terre et les plantes charrient des os, de la putréfaction, tout ce qui pourri ne se mue pas en terreau. Sorte d’exuvie imputrescible la méchanceté n’a, elle, nul besoin d’une germination pour être au monde. Finalement, un être fantomatique, une enfant-plante ou un lien entre les deux, tout cela effraie moins que la présence de ce mal, car il ne s’explique ni ne se justifie. C’est vraiment ce qui me plaît dans ce recueil, le fait que l’enchantement du monde soit un prolongement du réel, que parfois se soit l’inverse, mais que toujours la peur, la crainte, la perte rôdent et que bien souvent elles soit issues du désenchantement, cesser de croire c’est cesser d’être.

 

 

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