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« Y’a du givre au carreau, l’eau gèle dans l’caniveau » disait le poète. A la lecture de ce récit, on ne peut pas s’étonner de voir qu’il a fait ses premiers pas dans le giron de la Volte tant ce sentiment d’oppression incongrue sied bien à cette maison d’édition.  Déclinaison glacée et glaçant de « l’autre côté du miroir » (toujours et encore ce bon vieux Lewis viendra nous hanter) ce texte court donne un revers du gauche en pleine tête de ceux qui veulent se « libérer, délivrer » sans pour autant fournir d’issue aux autres.

Variation sur l’étranger dans la glace, ce texte à de quoi faire naître des frissons d’angoisse. Il s’agit d’une très bonne nouvelle car elle assume et maîtrise sa simplicité. Une jeune fille souffle son haleine (élément déjà présent une autre nouvelle, le souffle de l’autre suffit à évoquer tout son être, suffit à sa présence, suffit au bonheur de l’amoureuse), souffle sa vie sur une vitre, ce qui fait naître son double de givre. Et là, on se retrouve dans les wc pharaoniques de Trelkovsky (deux références à Topor en une seule chronique, je suis en forme et en roue libre), une simple image fait peur. Le texte pourrait faire une page ou deux car on en connaît la fin, c’est le genre de bonne idée qui peut facilement devenir indigeste, on croit tenir une peur forte et l’on termine à scribouiller les prémisses du prochain slasher à la mode (pas les premiers, les trucs informes plus récents). Parvenir à faire peur avec peu c’est parvenir à la petite comptine enfantine sur caméra subjective de l’intro d’Halloween. Ce texte passe « le test » haut la main. Plus on avance, plus il fait froid, moins le corps répond, moins le corps appartient à la narratrice et plus le lecteur se sent angoissé, acculé, peu à même d’affronter sa propre angoisse (il me semble que nous avons tous ce type d’angoisse).  Être en tête à tête avec soi c’est être en tête à tête avec un autre, la folie (souvent le fantastique de l’auteur pourrait « s’expliquer » par une perception différente du réel, du moins l’expérience présentée n’est pas de l’ordre de l’impossible pour des individus sujets à des hallucinations, si j’en crois la somme de stupidité que je nomme expérience, comme disait oscar) guette au moment où il est temps de donner un nom au visage dans la glace (on se souvient de la réification de la dernière nouvelle) et que le nom que l’on donne ne peut être que le nôtre. Plutôt que de jouer sur une tension dramatique, un récitatif complexe ou de former une intrigue sur la perte de sens, l’auteur (dans un mouvement qui rappelle Priest, enfin de ce que j’en ai lu) tend la corde de l’évidence. Le visage se forme, c’est une évidence et à partir de là, le mal est mal, le reste est l’inéluctabilité de la perte de soi. La peau, les os, les pensées qui gèlent, qui n’ont plus la force d’être eux-mêmes, de former un tout cohérent, toutes ces étapes nous glacent également.

Reste qu’en sus de l’aspect angoissant du récit et d’une écriture ciselée, le récit propose une élément plus mystérieux, plus fantastique peut-être mais aussi plus inquiétant : une bague en forme de scorpion. On pense aux épines, aux mille histoires proches qui tapissent les méandres des contes et légendes, reste que c’est irruption piquante, brûlante m’a saisi par son aspect inattendu.

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