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Serait-il déjà temps de sortir les yankee candle et d’abandonner tout espoir d’intimité pour nous plonger dans l’eau saumâtre et publique des contes publics ? En évoquant « l’esprit de noël » Mélanie Fazi prend le risque de tomber dans la guimauve saisonnière. Je n’aime plus noël. J’ai envie d’y croire, de retourner me calfeutrer dans un imaginaire séculaire au fond d’une grotte onirique afin de faire du troc et de raconter des histoires. Il n’y a guère que l’ami Pratchett qui soit parvenu à me faire y revenir.

Je n’aime plus noël car, au-delà des suicides qui augmentent et qui devraient nous faire réfléchir, cette manière de se servir d’un moment rêvé pour l’oralité et d’en faire une tarte à la crème hypocrite m’enfonce les épines du sapin dans les parties les plus charnues (et douillettes) de mon individu. Pourtant, les corneilles en goutte d’encre sur un toit immaculé m’ont intrigué. L’aspect psychopompe (j’ai plus pensé au Gaiman de Sandman qu’aux moineaux de King, mais l’esprit de messager, de guide mystique fut pour moi une évidence) de cette présence massive est une vraie trouvaille. Une jeune femme poursuit un rituel que l’on imagine assez vieux, consistant à recevoir chaque jour un cadeau de la porte d’une des corneilles, un présent (un secret dont seule l’héroïne et l’oiseau sont les gardiennes et les garantes) qui viendra réveiller un souvenir enfoui et garnir le sapin en attendant le 25 décembre. Un cérémonial intime et pudique du plus bel effet. Seul bémol, le lien entre les présents et les souvenirs (autant de bulles mémorielles) est explicité par une phrase aux environs du deux tiers du récit, une phrase sans doute nécessaire afin d’éviter un aspect trop heurté ou cryptique à l’ensemble, mais qui m’a paru trop claire, trop transparente, qui donne un sens trop univoque à l’ensemble, qui dévoile un peu trop le mystère. Mais, il s’agit d’un reste de mauvaise foi de ma part, sans aucun doute. Faire des préparatifs de cette fête familiale, un acte solitaire, de quasi isolement, de recueillement et d’acceptation nous permet de nous immerger dans une autre vision de cette période.

Pourtant le feu de cheminée, le thé à la cannelle (hérésie), le sapin tout est là pour faire dans le poncif. Mais de la même manière que la présence d’une nuée d’oiseaux de mauvais augure se révèlera participer de la fonction prophétique du rite, ces éléments sont un décorum appartenant à l’ordre du repère (à la limite du consensus) et non du kitch (au sens qu’on donne aujourd’hui à ce terme). Ainsi cette histoire nous invite à regarder à travers les conventions et les apparences. Une fête conviviale transforme la famille en amas d’individu consumériste, tandis que l’individu, par les charmes d’une cérémonie intime célèbre, en secret, la famille à venir. On notera également la présence malicieuse d’Alice, pointe de nonsense, de cette fantaisie humoristique et pas si bienveillante que ça, au coin d’un souvenir.

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