Mots-clefs

,

url2

Le seul véritable défaut de ce récit est une introduction trop longue et détaillée qui la rapprocherait presque d’un épisode de stargate sg-1 ou du moins d’une production divertissante avec une pseudo tension dramatique.


Or, le propos est loin d’être divertissant, loin de vouloir faire semblant.
A vouloir rendre compte de l’aspect « mécanique », « automatique » de la phase de transfert entre les mondes Egan oublie (enfin c’est une impression) de ne pas être clair, oublie de traiter le dépaysement de manière plus brutale, plus poétique, plus langagière, ici les faits ont presque trop de sens pour le lecteur, sont trop explicatifs. C’est fait pour nous rapprocher du sort du personnage principal arraché à son sol natal et transbahuté n’importe où, mais le procédé reste trop américain, trop utilisé pour être réellement efficace, surtout que le propos est de parler du sort des réfugiés.

Une fois passé cet écueil, on se rend compte de la qualité du récit.
Nous vivons dans un monde terrible. Terrible parce que les décisions prises suite à la seconde guerre mondiale ont été bafouées ou remises en causes dès leur mise en place, terrible parce que cette histoire là n’est pas bien apprise à l’école alors que leur destruction systématique est relayée en masse par les médias (de la même manière que l’on continue de croire qu’il y a plus de sdf qui meurent en hiver [un biais du traitement médiatique donc], on continue de croire que les allocations détournées plombent à elles seules le budget d’une nation, à ne pas parler du budget de l’armée, à confondre les roumains et les roms, à chasser les étrangers qui viennent voler le pain de bons française de souche et on en passe). Ces croyances sont peu ou prou les mêmes dans de nombreux pays. Ce qui est étonnant, c’est que l’on refuse dans le même temps d’admettre que notre pays est en guerre, ailleurs que sur son territoire certes mais en guerre, que les guerres provoquent des exodes et des réfugiés et que cela on l’accepte. La position de tranquillité qui consiste à pouvoir se moquer des médias relayant un nuage de Tchernobyl s’arrêtant la frontière et à répéter le discours des mêmes médias, revient à acheter le produit vanté par la nouvelle publicité de la veille en se moquant des gogos qui se font avoir avec le télé-achat.

Mais cette nouvelle ne parle pas de ça !
Cette nouvelle parle du système. Parle de ce que les rayonnages, les reportages, les débats, les éditorialistes cachent en parlant d’autres choses (sans aucun rapport avec un quelconque complot, juste par facilité), cela parle du traitement administratif, des lois qui permettent d’enfermer des réfugiés dans des cellules en attendant des les « juger », des problèmes de langue, des décisions arbitraires, de la comptabilité d’être humain, de la numérotation administrative.

Cette nouvelle parle de la même chose que Soljenitsyne dans son archipel du Goulag et le pire c’est qu’elle doit passer par la science fiction pour exister alors que cela a déjà eu lieu, effectivement ce continent d’humanité nous l’avons perdu.

Publicités