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A quoi penses-t-on lorsque l’on parle de langage informatique ? d’ailleurs à quoi penses-t-on lorsque l’on parle de langage ? et puis, qui est l’assassin ?

Ce récit fait deux choses : il pose des questions et propose une intrigue policière (du moins une enquête).

Les questions sont posées sur le langage, sur la place de ce dernier dans un futur proche lorsque des implants neuraux seront disponibles et qu’ils pourront nous permettre de parler une langue commune, une langue parfaite puisque pouvant reposer sur un vocabulaire unique, un substrat rendant compte d’émotions complexes et simultanées par le biais d’un seul vocable.
Le mouvement d’érosion et d’expansion des langues a toujours existé (enfin « toujours » c’est sans doute exagéré, mais à partir du moment où un oiseau peu imiter un de ses congénères imitant une autre espère pour prévenir un mammifère, on se rend bien compte que le langage était là un peu avant le texto), d’aucun se plaignent de sa disparition (souvent par le biais de l’anglicisme « and je speak french, c’est un plaisir » ) d’autres adorent la novlangue des managers de tout poil… enfin ils disent « anglais » mais bon si l’anglais se réduit à l’idiome raccourcis que l’on pratique pour les affaires je conseille les joueurs de jeux vidéos en ligne qui sont beaucoup plus inventifs et malins que ces quelques soubresaut de cotation en bourse.
Egan prend en compte tout cela, notamment par le biais d’un ado pratiquant la réalité virtuelle, au courant des implants, utilisant les nouvelles technologies et pas stupide pour un sous (c’est tout de même agréable d’avoir affaire à un ado qui ne soit ni en crise, ni stupide, ni un génie surpassant n’importe quel adulte du coin), ce dernier utilise un langage châtier (de son époque) et se pose de bonnes questions.

Car, après tout, la communication en temps (presque) réel, la réalité virtuelle partagée, tout cela amène à une expérience commune planétaire, si un langage pouvait s’emparer non plus d’une grammaire, d’un champ sémantique, d’une prosodie mais directement des émotions ne supplanterait-il pas immédiatement tous les autres idiomes, toutes les technologies, ne nagerions-nous pas dans le bonheur ?

Peut-être que l’auteur (il ne laisse pas sa photo sur internet, la vie intime des artistes n’a que peut d’intérêt si ce dernier ne la convoque pas de lui-même, nous allons donc en rester au supposition rhétorique pour faire une accroche stupide et quasi protocolaire) a des enfants, peut être qu’il comprend que le clivage technologique c’est également un clivage social ?
Internet est potentiellement l’outil de création le plus puissant depuis longtemps, tout à chacun peut s’en saisir pour développer et proposer, cela devrait révolutionner le monde. Or, ce qui passe les frontières, le raz de marée transculturel c’est un coréen qui fait du cheval imaginaire ou le relais médiatique de messages courts
On peut essayer de comprendre ce mouvement, on peut essayer de s’en éloigner, de s’en protéger même, mais globalement on l’accepte, on fait avec et l’on se plis aux idiomes et au conditionnement normatif qui en ressort (il suffit de voir à quelle vitesse des millions de personnes se mettent à glisser le doigt sur une tablette pour faire bouger des légumes ou, pour en revenir à un langage parlé, à quelle vitesse une communauté de joueur ou d’utilisateurs d’application peut développer un langage qui lui est propre… un langage utilitaire et pratique ce qui est le propre des langages techniques, toutefois si la réalité virtuelle vient à remplacer la réalité elle-même on peut se demander quelle serait la place, la possibilité d’une poésie langagière dans ce genre de contexte… une question indirectement soulevée par l’ado du récit).

Bien évidemment, et c’est son boulot, Egan pousse la pratique à son paroxysme et nous invite à nous rendre compte de ce que cela bouleverserait pour nous.

Si, contrairement aux « entiers sombres », l’aspect intime du récit est mis en avant de belle manière, si on croit aux rapports entre cette mère et son fils (qui éclaire l’intrigue de fond), l’aspect « policier » ne semble qu’un exercice de style un peu vain, qu’une succession de faits anodins qui font finir par « donner quelque chose », des gestes automatiques dictés par les besoins de l’histoire plus que par une véritable motivation (ce n’est pas scène d’intrusion d’appartement qui permet de vraiment réhausser une impression de laisser aller). Il est dommage que cette idée originale et bien traitée passe par un traitement si laborieux.

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