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Le sentiment océanique comme métaphore du « besoin » de religion, d’infini, de comprendre d’où l’on vient, où l’on va, ce que nous sommes (Gauguin faisait ça de plus belle manière).
On pourrait s’attendre à une envolée spirituelle sur fond de mystique cosmique, en posant les pieds sur terre (enfin surtout dans l’océan d’une planète extraterrestre dont on peut comprendre qu’elle connu la diaspora dont il es question dans les précédentes nouvelles) Egan repousse cette tentation pour poser les choses de façons plus pragmatiques.

Cela revient peut-être à montrer la relation d’un homme avec la cigarette pour parler de la mort, ou quelque chose du genre, mais dans le fond la métaphore première se transforme vite en parabole et l’on comprend que si le discours scientifique (à croire que les personnages d’Egan rencontrera tous le grand Chtulhu un jour ou l’autre) permet une remise en question du mysticisme il ne peut en atteindre la foi.

Bien évidemment la nouvelle n’est pas qu’un simple « décalage » de notre réalité, elle permet toutefois d’interroger nos comportements. Du besoin de se raccrocher à une autorité, d’exister par procuration, à la perte du pucelage (cette idée et son traitement mérite à elle seule que cette nouvelle soit étudiée en cours de philosophie et de littéraire, d’histoire également, et puis d’ethnologie et de… enfin, on se comprend) en passant par la mort d’un proche, l’amour ou la réussite universitaire les étapes que le héros traversent sont autant de façons de nous montrer à quel point nos comportements sont prévisibles, à quel point la communication n’est jamais affaire de compréhension (qui elle réclame plus que l’empathie « naturelle » des gestes tant elle suppose de démarche, d’abnégation, d’oubli de soit…).

Il y a beaucoup à dire sur la forme et le fond de ce récit, sur sa maîtrise, sur tout ce qu’elle évoque, sur tout ce qu’elle chamboule sans rien casser, sans rien briser d’essentiel. C’est peut être l’un de ses éléments les plus marquants d’ailleurs, plusieurs fois ce thème fut interrogé par la science fiction (pas uniquement) et souvent il y a une force, une charge narrative pour prendre partie ou une volonté spiritualiste, ici Egan agit en douceur, il convoque des thèmes, des partis pris, des comportements, des doutes et des certitudes sans avoir de solution à proposer, rendant le tout plus mélancolique qu’océanique.
Personnellement cela me fait penser à la capacité critique qui peut être la notre, il est difficile de ne pas voir, par exemple, les soubassements géopolitiques, stratégiques, financiers d’un conflit pour le pétrole ou l’eau qui secouent notre monde actuellement (un peu comme il est difficile de ne pas voir des industries polluantes venir financier un sommet sur le climat,ce genre de choses). Pourtant, ce genre de conflit ne se réalise, ne se camoufle, qu’à coup de propagande et d’idées reçues (un peu comme envoyer plus de contrôleur chez les demandeurs d’emplois et un peu moins chez les grandes entrep…mince alors!). De fait, cela engendre (ou s’emberlificote avec) des croyances, de la foi…
Et au fil du temps, l’individu se perd, il devient difficile de ne pas aimer des choses contradictoires sur les réseaux sociaux, il devient difficile de prendre du recul, il devient difficile de prendre le temps de comprendre, de prendre du recul..; et si l’on prend ce teù^s on se détache de la réalité quotidienne de ceux qui n’ont pas accès (ou se moquent) à ce fameux esprit critique… de là le discours se fait plus théorique, plus abscons, la communication devient explication et l’explication se transforme, elle aussi, en propagande.

Cette nouvelle, comme la marée qui s’en va, fait luire ses problèmes sous un soleil crépusculaire.
Après sa lecture, j’ai croisé une mère de famille à qui son ado de fille demandée de lui expliquer ce qu’était « l’intégration culturelle et la différence avec la liberté d’expression »… j’aurais aimé lui tendre ces pages, je n’aurais pas aimé être à sa place.

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