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Si un écrivain sait créer de la crispation chez son lecteur on se doute que le risque qu’il encourt est de lui-même rester crisper, de tomber sans une certaine routine, une rengaine, dans l’utilisation de schéma narratif.

Cette nouvelle « suit » la thématique évoquée dans la précédente, mais les premières lignes nous rassurent quant à la capacité de renouvellement que possède l’auteur. Le personnage, l’entité, principale attend que ses clones (personnalités informatiques transhumaines pour le dire plus exactement) et d’autres soient disséminés dans l’espace à la recherche d’autres formes de vie et, pourquoi pas, d’intelligences.

L’abandon du biologique, de formes contraignantes, laisse place à plus de liberté, d’imagination, il ne semble plus y avoir de limite et en prime les individualités semblent conservées. Bien évidemment, l’auteur utilise le suicide de « l’original » sur terre pour bien montrer que les clones ne sont pas que des reproductions à l’identique qu’ils développent également des personnalités et des buts particuliers, ainsi tous les problèmes moraux ou psychologiques ne semblent pas avoir été réglés.
Cette aventure en forme de space opera est également le moyen d’explorer les limites d’un tel paradigme, puisqu’elles ne sont plus physiques (au sens où seule l’entropie semble encore régner) ou même temporelles, ces personnalités flottant dans l’espace incarne la forme la plus aboutie de « l’espèce humaine », le chainon suivant. Un tel niveau de perfectionnement n’aurait plus rien à attendre (ou à craindre) de l’univers, encore moins de tapis unicellulaire baignant dans un océan bombardé de rayon ultra violet à dose mortelle.

La remise en cause ontologique que va provoquer cette « découverte » offre une perspective relativiste des plus captivantes. Ce qui nous permet de comprendre ces transhumains c’est finalement leur cadre de référence, tant sur le plan du comportement que sur le plan physique ils vivent dans le même univers que nous et leur langage rend compte des mêmes choses, à un niveau plus complexe et avec moins de contrainte (ou plus de facilité, comme on veut); dès lors leur incompréhension devient notre incompréhension, leur remise en cause devient la notre.

Difficile après ça, de ne pas quitter notre petite bulle de crispation personnelle pour s’interroger sur ce qui nous entoure. Et toujours cette histoire d’abime que l’on regarde, qui nous regarde et qui nous tend les bras.

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