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Parfois, sous couvert d’un personnage scientifique et.ou d’un protocole de recherche, l’auteur aime se déguiser en expérimentateur désinhibé.

Un scientifique profite d’avancées technologiques pour faire des copies virtuels de lui-même (c’est à dire de son schéma neuronal pour le dire vite, et du monde qui l’entoure, en fonction de son vécu mais également des possibilités d’internet) afin de leur faire passer des tests, notamment sur la conscience du temps qui passe.
On se doute que ce ne fut pas s’en mal et lorsqu’après s’être souvenu de son enfance la copie la plus récente décide d’en finir avec la vie (car le souvenir remet en mémoire la conscience d’être un copie) celui lui est interdit par son… créateur.
Si on ajoute à cela le fait que cette copie est parfois sauvegardé en temps réel, parfois non, ce qui fait qu’elle ne sait jamais si elle est elle-même ou la sauvegarde… et vous aurez une idée du maelstrom intellectuel que l’auteur soulève.

Si la nouvelle élude la possibilité d’une intelligence artificielle « supérieure » qui supplanterait l’homme rapidement (option tout à fait viable, il m’a toujours semblait que si on devait tendre vers la perfection l’humanité ne serait qu’une variable d’ajustement fort négligeable… enfin « toujours » est un peu exagéré… disons depuis la lecture de « cyanure » ), on pense à nos lectures de Priest (ou de sa femme) et on ne s’étonne pas que cette nouvelle fut écrite par l’auteur des permutants.
Plus intimement, elle pose la question de la nature de la conscience. Le moment où le sujet se fait expérimentateur sans profiter outre mesure de cet ascendant psychologique (fut-il momentanée) permet de percevoir que non seulement la personnalité artificielle est bien différente de son « originale » mais que, plus encore, elle évolue dans un univers, dans des repères, des références, des possibilités, des notions qui n’ont rien à voir avec les nôtres. Ce qui fonde l’individu, la singularité est fonction de ce qui l’entoure et de son système de reconnaissance (de lui et du monde physique, y compris de la temporalité) si tous cela est différent, quel modèle moral ou éthique viable peut déterminer si cette nouvelle entité est plus virtuelle qu’une autre ?
En insérant ce « twist moral » Egan dépasse le problème du ghost in the shell en nous montrant que cette problématique est encore humaine, bien trop humaine, car l’avènement d’une telle conscience serait forcément d’un autre ordre moral que le notre.

Sous un autre angle, et là encore Priest est de la partie, ce genre de nouvelle permet de cerner le schizophrénie (plus sous un angle global, c’est à dire d’une perception différente des stimuli que l’on nomme réalité ou société au quotidien, que sous l’angle du traitement).

A force de lecture on s’aperçoit aussi que chez Egan ce sont les souvenirs qui sont au coeur de l’individu (y compris les souvenirs de nos rêves), un trait tout aussi poétique qu’angoissant.

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