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La boxe est l’un des passages obligés de l’écriture américaine (et puis des films américain et puis du meilleur album de Miles Davis c’est dire!).
Pour parvenir à y faire son trou, il faut rendre le milieu hostile et complexe à la fois, savoir adopter le langage du corps, et pas de n’importe quel corps.
Il ne s’agit pas de coups portés, de swing, de balance, de science de l’attaque ou bien de parade, cette boxe là, doit être une boxe qui vous frappe parce qu’elle parle des gens qui savent encaisser.


Un bon boxeur est un boxeur vivant, enfin survivant. Il doit y avoir une rudesse en même temps qu’une soumission dans les mots, c’est l’essence du travail à la chaîne, du blues urbain et de la boxe, une sauvagerie contenu, une sauvagerie par balle, rien que ça.
Pour ce corps ci, il faut ce mental là.

Le choix que fait Hammett, ce récit à la première personne, cette histoire tout voile dehors, sans filtre ni retenu, est un choix d’artiste. Ce n’est pas une plaisanterie facile ou une coquetterie pour passer le temps que de parvenir à rendre si réel un personnage de boxeur jeune, naïf et pas finaud. Pas évident de le faire parler, cogner, raconter sans que la conscience de ce qu’il vit remonter à son cerveau.
Le décalage avec le lecteur, qui lui sait de quoi il retourne – ou du moins fait plus que s’en douter fortement- ne doit pas se faire sur le plan des méninges mais sur le plan corporel, on doit sentir la carapace de souffrance, de joie et d’incompréhension du personnage, on doit sentir cela, le vent de ses coups nous frôler mais on ne doit pas le prendre en pitié.

Un choix d’esthète que cette nouvelle.

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