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Il serait intéressant de s’intéresser à la structure du récit afin de percevoir à quel point il correspond à un schéma narratif filmique, non point que les éléments romanesques en soient absent bien au contraire – il suffit de lire cette nouvelle pour que la filiation avec le gothique vous apparaissent de facto, exceptées quelques références contemporaines on pourrait se croire en plein XVII ième, sans compte le choix de personnages énigmatiques, de situations fortes en émotions etc – mais l’enchaînement des scènes, leur valeur intrinsèque plus que prise en totalité – c’est à dire que si l’on regarde la scène d’introduction, la chute entraînant perte de talon et blessure légère, elle fixe une image de la jeune femme, une image plus qu’une impression durable. Dans le même esprit la scène suivante voyant l’arrivée de la jeune femme chez ses sauveurs et l’irruption de ses poursuivants tient plus du western, de l’opposition graphique entre un héros impassible (il ne cille quasiment jamais et ses émotions sont des aperçues, des impressions, des sensations jamais des certitudes et jamais exprimées) et une bande d’individus visiblement ivres.. chacune laissant une persistance rétinienne durable mais l’ensemble paraît animé de peu de logique interne, il me semble que la structure paraît plus scénarisée, orchestrée pour produire des effets non pour raconter une histoire, ce qui n’a rien de grave loin s’en faut. – mais cela engendre une forme de paradoxe.

Toutes « isolées » que soient les séquences de cette histoire il n’en reste pas moins que c’est une impression littéraire qui domine, pour un peu (et sans doute le bon whisky aidant) on se croirait chez les soeurs Brontë. Une littérarité qui émergerait non pas de l’aspect actanciel mais clairement du style.

Plus bourru que d’ordinaire, plus distant ou tout simplement plus européen qu’à l’ordinaire Hammett paraît vouloir s’attarder sur cette histoire lui donner une épaisseur singulière. Il prend le temps de décrire les impression, de rajouter des tensions (le nombre de baisers par exemple, la tension entre les personnages, l’abandon de la jeune fille qui souhaite à l’emprise paternelle etc sont autant de moment forts sur le plan émotionnel mais qui empoisonne le récit, qui l’empêche de se dérouler, la mise en danger du héros en le retardant d’un baiser par exemple n’est pas du genre de la maison… pour le dire vite).

Un peu comme si la féminité qui s’empare soudain de l’imaginaire de Hammett (une féminité toujours présente depuis le début, nous l’avons vu les clichés se font allègrement tordre le cou en arrière plan de la virilité toute puissante, mais ici elle est clairement au premier plan avec pas moins de trois personnages féminins aux caractères et aux rôles affirmés et déterminants) cherchait à faire prendre des chemins de traverses (dans de bois obscures à la recherche d’une clairière d’indulgence forcément) à nos attentes.

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