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Hammett renoue avec le conte cruel, nous ne sommes pas loin du barbier des débuts (et d’autres) avec cette histoire de racket.

A partir d’un certain moment le plus difficile devient de faire court, parce qu’on a l’impression de ne pas creuser profondément, qu’il faudrait en dire plus, bien plus, qu’il faudrait parler de la double lecture qu’amène Hammett, avec d’une part cette maîtrise de la forme universelle du conte, son sens de l’histoire courte et marquante, du long aphorisme qui ne titille l’imaginaire sans jamais tomber dans l’aphorisme, de ce sens de l’harponnage moral qui remonter aux fabliaux et plus loin encore. Mais en ce cas, il faudrait aussi parler du contexte, de comment de les personnages portent en eux la dureté imbécile des brutes épaisses et la quotidienneté d’un univers urbain carcéral et injuste, de combien ils ces situations pour burlesques ou sardoniques qu’elles soient n’en reste pas moins cruellement réalistes, car des rackets comme celui-ci sont la réalité de l’époque, que les usa d’alors tranche avec, mettons, les royaumes unis encore figés dans leurs suffisance (il faudra attendre les comédies des années 40 pour voir comment la société anglaise commence à changer, du moins à s’en rendre compte), combien l’intemporalité de l’exercice répond à l’exactitude du monde.

Il faudrait parler de tout cela en détail et bien mieux, mais ce genre d’exercice risque trop souvent de tomber dans l’ennui ou du moins je n’ai pas les moyens de ne pas le faire sombrer dans l’ennui.
Tout cela pour dire que face aux films les romans semblent être patinés d’un classicisme tel qu’on ne les lit plus vraiment, quelques nouvelles survivent dans ce grenier aux clichés, et face à telle ou telle pépites avérées on pourrait croire qu’une texte de 3 pages ne vaut pas le déplacement.
Si les connaisseurs savent bien qu’il faut sortir des discours pour creuser, labourer les évidences, s’y confronter, qu’il faut tout bonnement lire les classiques ! Ce schéma, ce réflexe n’en est pas encore un pour de trop nombreux lecteurs, alors à moins d’avoir un professeur de français alerte et singulier, il ne faut pas négliger ces petits bijoux.

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