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On en reviendrait au genre, certains appelaient ça « noir » puis « gothique » on vous parlait de vieux château en ruine, puis on parlait de Poe avant de rebondir en Angleterre, enfin vous connaissez le processus de la violence. On en reviendrait au genre, donc, toutefois le polar noir doit supposer autre chose que des profondeurs de violences, autre chose que le schéma classique autour du héros contre le méchant, autre chose que la lutte éternelle du bien contre le mal. Être incorruptible à cette époque précise a la même valeur symbolique, sans doute, que la vertu chevaleresque, reste que l’impact social n’est pas le même.

Sam Spade est un chevalier, avec ses archétypes et sa mine bourrue, mais que peut on bien faire des chevaliers ? Parce qu’il faut bien comprendre que les demoiselles en détresse ne le sont pas toujours, et que lorsque c’est le cas il ne s’agit que rarement de vertu.

Mais ici le « méchant » n’a pas enlever de demoiselle, il n’est pas vraiment le coupable par ailleurs, enfin plutôt le coupable est bien méchant, mais le vrai celui qui fait froid dans le dos, celui à qui nous avons envie de faire goûter notre parpaing du matin, lui c’est une personne qui a de la ressource, qui a des moyens financiers et humains, des représentants – des portes flingues-. En présentant un tel cerbère à nos portes, l’auteur ne vise rien moins que la réussite capitaliste sous sa plus parfaite incarnation : le truand en col blanc, celui qui prouve son amour par la force et le mépris.

Plus assez gothique le polar, peut être, mais bien assez trempé vu les marécages où il traîne.

On ne peut vous pendre qu’une fois

On retrouve le côté bavard de la première nouvelle mettant en scène Spade. Cette mise en scène serrée et théâtrale ce goût de l’instant, du moment décisif plus que de l’enquête.

Spade se montre comme la personne qui parvient à comprendre ce qui se passe autour de lui, tout comme continental op, toutefois le passage à la troisième personne a rejeté au loin le rôle du narrateur. Si, souvent dans les polars, l’utilisation du « je » permet de suivre l’enquête, l’utilisation qu’en faisait l’auteur été rarement confessionnelle. C’est, paradoxalement, en utilisant la troisième personne en créant une distanciation que Hammett nous livre plus d’informations sur son héros (son âge par exemple).

Il n’en fait pas un personnage différent des autres, sa place dans les dialogues n’est pas prépondérante, il n’est pas physiquement remarquable, il ne fait pas le coup de poing de façon remarquable, mais lui il « est », dans le sens où il a droit d’être remarqué, il est intéressant parce que le suivre revient à comprendre ce qui se trame, à refuser la duplicité du monde.

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