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Si on pouvez trouver « l’affaire Main » un peu plus tendre que d’ordinaire, ça ne sera pas le cas ici. Après un début trop banal pour être honnête, disons trop linéaire, les événements s’enchaînent selon un crescendo toujours plus sombre et dramatique.

Les imbroglios scénaristiques, les tueurs en séries, les montages en parallèles (très et souvent trop utilisés à l’écran, on se souviendra de la récente saison 2 de Broadchurch dont toute la crédibilité s’envole rapidement par ce procédé uniquement tourné vers la « tension du moment » en négligent toute crédibilité des scènes, d’ailleurs il est intéressant de remarquer que le seul moyen de rendre crédible telle ou telle scène permettait de deviner la fin de la dite saison), fond souvent du tort à l’art, les imbroglios (il suffit de lire Trondheim pour se convaincre de la nécessaire refonte populaire de leurs utilisation) ont tendance, lorsqu’on en abuse, à prendre le pas sur l’acteur, l’effet à tout prix, le même effet qui colmate les brèches scénaristiques de bien des séries et de bien des films.

En jouant la carte du mal en pis et de l’invraisemblance avant l’heure, Hammett refuse le cas du crime parfait ou de l’explication tordue, il rendre dans les tripes du comportement et en déchire les méandres internes, après tout lire l’avenir dans le fiel ça ne rapporte guère sous le brouillard de San Francisco mais ça permet de savoir à qui on a affaire.
Et là, on laisse sur le bord du chemin la recherche de l’effet. Souvent on perçoit le style comportementaliste comme un refus de la description ou plutôt comme un refus de la description psychologique, comme un refus explicite de la motivation au profit de l’action. Bien évidemment, le style peut gagner en élégance, en finesse, en subtilité et en sous entendu politique (entre autres) ce qu’il peut également perdre en fluidité, en complexité, en subtilité ou en finesse.
Il faut être un esthète pour manier ce matériaux et ne pas trop en faire, le risque du hard boiled c’est de sombrer dans le règlement de compte, les dialogues surjoués et ce genre de choses.
Si Hammett ne tombe jamais dans ce jeu là c’est qu’il ne cède pas à la facilité, au systématique ou au maniérisme.
Cette nouvelle est sombre et désespérante, le même désespoir dont serons ce souvenir des gens comme David Peace.

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