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Il ne faudrait pas croire que les exercices de style possèdent tous ce petit trait bon teint des causeries chics et médiatiques qui tiennent lieux de débat ou de littérature de nos jours. Un exercice de style est un jeu complexe, il faut se glisser dans les habits d’autrui sans les froisser de parodie ou les craquer à grands coups d’ego.

Ici nous avons affaire à un jeune détective, jusque là rien d’original, amateur de poésie (il compose un rondeau au début de l’action) qui vit et agit sous la férule paternelle.
Dès lors, mention à la poésie oblige, on serra moins lecteur que voyeur. Voyeur dans le sens où il nous est difficile de ne pas voir la mise en place d’un monde nouveau (pour le lecteur de l’intégrale j’entends hors contexte, hors omnibus je gage que l’effet serait tout à fait différent).

Il est question de rapport père, fils ; du père aux affaires, du client à sa secrétaire; de cette dernière à l’amour, du fils à l’amour également, de détection mais surtout de confiance.
Bien évidemment on remarquera que le père contrebalance l’engouement juvénile et subtil de son fils par un cynisme brutal à toutes épreuves, que leur secrétaire joue les matrones. Surtout, on aura beau jeu de se complaire dans un langage plus châtier qu’à l’accoutumée, narrateur poète oblige. Là où nous étions habitué à peu d’ornements pour beaucoup d’éclats, ici c’est l’inverse qui nous berce.
Le plus intéressant n’est plus ce que l’on nous montre mais bien ce que l’on voit, ce que l’on décrit pour nous, sans péripéties mais avec mystère, sans décision mais avec précision.
Pris au jeu de l’esthétisme, des revers feutrés du monde de la finance, on se fait bien avoir et on ne voit pas le coup arriver. Le point commun entre ce récit distingué, loin de la sobriété coutumière, c’est un final dont nous avons habitude, un final de rebondissement et d’imprévu.

Un exercice de style parfait puisque humble.

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