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Les auteurs masculins se reconnaissent à leur capacité à écrire les femmes, non seulement à les décrire mais à en faire autre chose qu’un stéréotype. C’est d’autant plus vrai en ces temps d’hégémonie du roman. Difficile de ne pas se dire que plus il y en a ( des romans, pas des femmes) moins il y en a, difficile, à rebours, de ne pas se dire qu’au milieu de toutes ces pages, de toutes ces promesses, les femmes ont du mal à exister sans être des héroïnes.

On pourrait penser, à tort ou à raison, que les nouvelles de Hammett se baladent avec des femmes fatales belles mais creuses, des potiches, des secrétaires sexys, des mégères hargneuses en guise de ribambelles de bouche trous. Nous avons déjà vu la limite de ce point de vue, toutefois ce récit a le mérite de mettre en avant un personnage de femme au foyer des plus atypiques, des plus durs et des plus réalistes qui soient.

Loin, bien loin, heureusement fort loin, des femmes désespérées des banlieues riches qui à force de changements prototypes finissent par n’être rien d’autres qu’elles mêmes. Voici une femme qui sort avec un rêve d’exotisme, avec la proie et le chasseur dans le même homme, avec un aventurier (ruffian dans le titre original, ça irait mieux même en français, mais ça parlerait moins aux lecteurs). Face au danger, face au mystère, elle frémit un instant, enfin de, presque aussitôt, s’en remettre à son mari, voilà qu’elle lave, brique, se pavane et tremble pour le retour de l’être aimé, pour cette incarnation moderne et virile du héros antique.

Une manière noire et sombre de jouer avec les préjugés du lectorat (doit-on s’inquiéter que cet effet n’est pas disparu 90 ans après la parution de cette nouvelle ? je dirais bien oui, mais ça semble trop navrant comme réponse).

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