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A la fin de cette histoire on sourit, un peu bêtement de ce sourire des gens satisfaits que l’on croise parfois dans la rue, sans doute qu’ils sont parvenus à échanger leur monnaie pour l’horodateur ou un truc comme ça, allez savoir c’est compliqué les gens.

On sourit un peu bêtement parce que nous nous sommes laissés prendre au piège.

Il y a deux moyens de lire cette nouvelle, enfin à ma connaissance, si vous en trouvez d’autres il est recommandé de vous faire plaisir.
La première c’est de foncer bille en tête de laisser votre raison au pressing prendre un bon bain de vapeur aromatisée pendant que vous mettez vos nerfs à rude épreuve. Une crime mystérieux dans une ruelle ouverte, pas de témoins mais un énorme tas de suspect, plus on tourne les pages, plus l’affaire se corse et plus notre héros favoris risque sa vie (à coup de poing, de réflexe instinctif et de crosse de flingue dans la caboche, que l’on soupçonne doublée en kevlar vu le nombre de fois où cela lui arrive depuis le début de ses aventures).
On lit pour lire, on lit pour savoir, on lit pour ne pas traîner dansles bras de Morphée, on lit pour survivre..; et on se fait avoir.

La deuxième consiste à être plus détendu à se laisser charmer par ce portrait de femme impavide, même plus froide mais flasque, molle, prête à se laisser amener au commissariat, là où un romancier en aurait fait des kilomètres (superbes, entendons-nous, sous la plume d’un Flaubert un esprit si avachi aurait dérouté des générations de lecteurs sur mille pages et plus), chez Hammett ça colle le détective au plafond de ses illusions, il s’avoue vaincu, ne sait plus où ranger son sang froid ni quoi faire de la dame. Croire que l’auteur de polar s’en tient à une vérité crue et que c’est synonyme de mauvaise vue concernant la psychologie est une erreur grossière, ce seul personnage en est la preuve. On se délecte donc de cette présence féminine, en narguant la construction factice de « l’intrigue », de comment les pièces s’emboîtent trop facilement, de comme tout cela sent le piège à plein nez, nous ne sommes pas de ces lecteurs ayant peur des cauchemars, des livres il y a en bien d’autres, on se moque sous cape du coup fumeux de la résolution finale.

Mais dans les deux cas, on restera surpris, surpris parce que le détective lui, avait tout vu, tout prévu, il était au parfum et, comme il l’avait précisé plus tôt, il a préféré laisser les choses se dérouler d’elle-même. Un jeu dangereux s’il en est.

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