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Tout est là, et même si vous n’avez pas lu cette nouvelle vous en avez sans doute entendu parlé, on y trouve une citation assez connue (présente sur l’omnibus lui-même et un peu partout ailleurs) dans laquelle le détective explique qu’il fait son travail, qu’il est besogneux et pas spécialement intelligent.
De quoi imposer le genre hard boiled à tout le monde et au-delà, bon les tenants d’une théorie des genres littéraires autour de la complexification d’histoires simples plus vieilles doivent se régaler à lire ce type de choses, comment passer des histoires au coin du feu à un tel sacerdoce ?
Bref, plus besoin de se poser de questions quand on lit : « ignorant volontairement, sans son exposé, tout ce qui n’avait pas de trait aux faits précis » ou encore que l’éloquence ennui ou trouble le héros.

Les faits rien que les faits, d’autant qu’ils se suffisent à eux-mêmes lorsque le méchant est suivi par un détective bientôt rejoint par un autre détective qui s’aperçoit qu’un troisième lascar suit lui aussi leur cible. L’intrigue de base n’est pas trop complexe, il « suffit » de certifier un suicide, mais très vite les choses vont se compliquer.
Se compliquer et monter en tension.

Hammett fait réapparaître (dans un jeu temporel intelligent) Bot Teal ou encore Porky Grout des personnages morts peu de temps avant, ce qui brouille les pistes tout en densifiant l’univers qu’il construit au fil des récits.
Plus cela se complique, plus les décisions ont du poids et moins il est temps de supposer (« je ne me fie pas trop à mes suppositions » encore une sentence froide et implacable). L’enquête prend la tournure d’un poker menteur, il faut savoir être rusé, bluffé, tirer au bon moment au bon endroit.

Cet aspect froid et dur, se retrouve dans le manque total de remord du héros alors même qu’il participe à la mort d’un homme ! S’il n’est pas directement responsable de l’assassinat d’un personnage, il est tout de même à l’origine de funestes événement, pourtant il n’en sera jamais question, ce qui va dans le sens d’un choix narratif, d’une histoire fictionnelle, racontée, subjective. Cette subjectivité tranche avec la volonté objective du récit.

D’ailleurs, alors qu’il doit prendre une décision il ne prend pas la plus évidente, la plus facile pour lui car il se rappelle des plaintes de son commanditaire. Plaintes qu’il avait sciemment décidé d’ignorer au début de l’aventure. Il est étonnant de voir à quel point ce trait de caractère du personnage passe à l’as chez les commentateurs ou les adaptations, comme un angle mort, un refus de percevoir autre chose qu’une image à observer le mal du monde.

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