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Si certains s’obstinent à trouver des chapeaux noirs dans des pièces noires alors qu’il n’y en a même pas, ce n’est pas le cas ici.
Depuis le départ, Hammett tourne autour de ce chapeau, par bien des aspects, un style épuré, une réalisme urbain sordide et malsain, un ton âpre et sans concession, un recul souvent ironique, l’importance de « la vérité » ou du moins le souci du vrai (que ce soit pour terminer une histoire ou pour relativiser un destin) et, sans tomber dans le cliché selon lequel l’oeuvre parvient à maturité car « tous les éléments déjà présents en substance s’imbriquent pour former une oeuvre originale et forte », il convient de constater que tous les éléments présents en substance s’imbriquent pour former une oeuvre originale et forte.


De la même manière que le storyboard de Giraud pour Dune a infusé plus qu’une grande partie de la représentation sf au cinéma (et pas uniquement) pendant quelques décennies au bas mot, l’oeuvre de Hammett a clairement indiquée le chemin à tout un genre, à tout un monde. S’amuser à chercher les emprunts, les moments forts, les originalités, pourrait s’apparenter à la quête pratique du « bon mix », à un exercice universitaire ou être une perte de temps (tout dépend toujours de l’angle de vue et du rythme), reste qu’on ne peut laisser sur le carreau l’importance de cette oeuvre. Et, par biens des aspects, cette oeuvre s’affirme ici (elle ne commence pas ici, elle n’impose rien non plus).
Le récit se fait plus long, le personnage principal est un détective engagé dans une affaire, un personnage fort, intelligent mais impersonnel, à la limite de la transparence qui toutefois emploie un « je » fort et inébranlable, il est question de corruption (on corrompt comme on sert la main, une manière singulière de banaliser un acte terrible portant un coup dur à l’idée même de démocratie ou du rêve américain, ce traitement presque primesautier permet de mettre en avant un univers malsain dans lequel trempe toutes sortes de lascars et de truands, mais également de faire de cet univers un quotidien, une norme. De quoi faire froid dans le dos). La plume affutée de l’auteur s’aiguise sur nos illusions hypocrites, à force d’admettre qu’il est « simple » on a parfois la fâcheuse tendance à comprendre « simpliste » à l’égard d’un style (d’un regard, d’un trait) pourtant tranchant et élégant. On se souviendra, par exemple, du personnage qui se souvient opportunément de données chiffrées grâce à « son esprit de comptable », quelques mots pour brosser toute une personnalité ; il en va de même pour la « rouerie d’un regard » qui place définitivement l’individu du côté (bondé) des personnes peu dignes de confiance.
Il y a tout cela, et il y a aussi une intrigue faite de trahisons complexes, de coups doubles et tordus.
Il y a tout cela, et il y a les suppositions des enquêteurs, des uns et des autres qui, contrairement à ces chers romans à énigmes, tombent toute à l’eau. Sauf pour un détective pas forcément perspicace mais travailleur et obstiné.
Il y a tout cela, et il y a la scène d’action, sans doute datée pour un lecteur d’aujourd’hui mais qui en dit long sur la volonté qu’à l’auteur de ne pas travestir le réel. Plongé dans le noir, face un homme armé, l’héroïsme ne traverse pas un seul instant le personnage principal.
Un personnage qui verra son plan tombé à l’eau, une manière d’en faire un « simple privé » et non un « as de l’intellect ».
Une nouvelle à lire les yeux fermés.

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