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C’est sans doute avec ce récit que l’humilité se pare d’exigence. L’auteur a recours à des ellipses, il dresse une action en plusieurs étapes, il construit un récit moral en le teintant d’une portée politique plus évidente.
L’humour, présent depuis plusieurs nouvelles, est ici à la fois subtil et grinçant, le personnage principal n’est pas un cliché (au sens où il n’est ni une victime d’un système oppresseur, sans être non plus la pire des crapules c’est un homme du commun qui « fait avec ») toutefois il reste difficile de s’y identifier (plus tard la figure du détective prendra en charge ce vide pour permettre une meilleure lisibilité de l’ensemble, mais à ce moment il semblerait que Hammett soit encore à le peaufiner, à y réfléchir).


Le héros, si on peut le nommer ainsi, cherche à faire recette de ce qu’il est, plus exactement il cherche à faire recette de ce que les autres aimeraient qu’il soit, plus exactement il cherche à faire recette de la façon dont les autres aimeraient qu’il soit s’il était ce qu’ils prétendent qu’il est alors qu’il ne l’est peut être pas vraiment.
Une manière, désormais passer dans les moeurs de tous les scénaristes possibles et imaginables (du moins de ceux qui cèdent aux sirènes des manuels d’écriture « tout en un »), de considérer une situation morale, de mettre à jour la médiatisation des enjeux politique, de réfuter la possibilité d’une sacro-sainte neutralité de la justice, une manière aussi de plonger dans la noirceur du monde, de montrer qu’il ne suffit pas de commettre un crime pour être un criminel et que les définitions des catégories humaines sont plus que solubles dans la réalité urbaine.
Cette nouvelle marque un tournant dans ce corpus, plus longue, moins modeste, on sent que l’on quitte les hauteurs stylistiques des exercices, que l’on quitte la « simplicité » de l’exposition pour pénétrer dans une zone nouvelle, une zone d’ombre forcément.

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