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Les amusements de Greg Egan prennent place dans une science fiction, le fait qu’actuellement des chercheurs essaient de cartographier le cerveau ne fait absolument pas écho à la thématique soulevée ici. Absolument pas. L’angoisse a quelque chose de rassurant du moins quand elle se confond à une anxiété sourde, on a beau la subir de plein fouet la laisser nous pousser à tabac, rompre sous le flot de ses questionnements absurde : elle finit toujours par passer, pour aller voir ailleurs si nous y sommes. L’ailleurs étant un futur dans lequel elle pourra faire son nid, planter ses griffes, préparer des chausse-trappes.

Bien naturellement, c’est une question d’être-là, de rapport à l’instant, j’évoque ici l’angoisse littéraire. Le personnage principal d’Egan ne cesse de poser des questions face à un choix complexe, vitale. Or si l’on joue le jeu de l’oralité, on s’aperçoit que ces questions sonnent faux. Lire le texte à haute vois résonne mal à l’oreille, métallique en bouche. Pourtant, il est si crédible qu’il fait peur. Qui de nous ne s’est trouvé des dons de diplomate insoupçonné à seule fin de retarder la roulette du dentiste ?
Ensuite, le reste appartient à K Dick.
Il est intéressant de remarquer que là où de nombreux stylistes tentent de récupérer les univers dickiens avec insuccès, des constructeurs –comme Egan- y parviennent plus aisément. Dick m’a toujours semblait laborieux, comme incarnant sa frustration dans les mots, comme en retenu de part de trop en écrire, de laisser passer la folie par tous les mots, de trop en faire (chose qu’il fera dans sa trilogie divine). Il y a de cette retenue forcée dans les nouvelles d’Egan, plus que le format, c’est la manière dont la normalité, plus que l’intime, chamboule (en même temps qu’il construit) la narration.

Il est intéressant que les critiques et lecteurs de tout poil perçoivent et subissent et surmontent la science dans ces récits, qu’ils se focalisent sur l’humain et ses mutations… sans passer plus de temps que cela dans l’évidence de leur identification. Finalement, cet oubli est un oubli rêveur. Tout le monde, ou presque, a déjà vécu une expérience de rêve éveillé, un de ces instants étrange où l’on sait que l’on rêve, que l’on est en train de rêver, et puis on oublie ce moment pour s’assurer de replonger inconscient dans le flot de notre quotidien banal et tourmenté.

A bien y réfléchir lire Egan revient à faire ce genre d’expérience, en tous les cas pour classique qu’elle soit cette nouvelle nous rappelle ce plaisir étrange que procure parfois la lecture, la réminiscence d’un autre nous.

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