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Egan nous refait le coup du couple et de la société, du thème perçue à l’aune de ces deux entités. Toutefois ici le sujet, tout aussi brûlant que les fondements du racisme puisqu’il s’agit de s’interroger sur l’homosexualité, est traité sur un mode moins scientifique et plus noir. Nous sommes plus proches des codes du polar noir, entre attentat, complot, fausse piste et vie de couple en berne.

Une histoire noire qui n’a rien d’innocent dans nos sociétés actuelles, d’autant qu’il est intéressant de montrer les discussions sur le sujet de la représentation homosexuelle du point de vu des intéressés. Les points de vus sont crédibles, échangés sans acrimonies mais avec une réelle conviction. On s’aperçoit combien, surtout à l’heure où les jouets pour les filles sont toujours dominés par le rose et ceux des garçons par le bleu, et où la codification sociale liée au sexe n’est toujours pas réglée, il est difficile d’avoir un avis, de s’y tenir sans se poser de question.

Les tenants du « tout social » ne peuvent passer outre une représentation, un rappel sociétal constant, pour ne pas sombrer dans l’oubli. Un paradigme qui malheureusement donne lieu à trop de discrétion et d’archétype -comment, en effet, ne pas songer aux représentations médiatiques dominantes ? Aux nombreux gays et lesbiennes réduit à une sexualité visible, caricaturale et outrée, dont on nous abreuve à longueur d’antenne, à longueur de show, à longueur de considérations soit disant neutre. Cette vision a pour pendant celle, souvent droitière mais pas uniquement, crispée du refus, du déni, de la colère, du rejet. Difficile de pouvoir détester tout le monde (certains y parviennent, il parait même que des partis politiques ou d’influences se montent sur ce seul critère) sur un parti pris aussi mince, difficile également de devoir accepter tout le monde en clamant haut et fort un amour universel. Ainsi les tenants d’un certain je m’en foutisme, cherche à se vivre comme « normaux », plaçant l’individu au-dessus des valeurs communes, c’est alors être aveugle.

Il est intéressant de notifier comment ces deux positions se valent (peuvent de défendre) et devraient donner lieu à une réflexion pousser non seulement sur l’homosexualité mais également sur certains fondements de nos sociétés, sur comment une normalisation (par exemple l’égalisation des salaires, l’arrêt des discriminations etc) en étant perçue comme une « avancée » à tendance à faire freiner les opposants trouvant qu’on « donne » déjà suffisamment (entre autres pistes).

Comme il est intéressant que Egan prennent à bras le corps les responsabilités des laboratoires pharmaceutiques et des enjeux de certaines de leurs découvertes, qu’il pose à plat la ligne de défense morale de ces laboratoires (après tout qui irait dire non à une telle avancée technologique, qui irait dire non à une tel pas en avant, qui irait dire non à un tel bien fait ? ) tout autant que la vigilance qui nous incombe.

Une nouvelle classique, presque stoïque tant elle ressemble à un cadre de verre trop parfait, trop polie, pour parvenir à susciter des émotions fortes et durables, mais dont la thématique reste (malheureusement) d’actualité et dont le traitement conceptuel parvient à nous toucher.

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