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Le jour, la nuit durant laquelle le juge Ti s’est trompé. Ce court récit n’est pas tant une nouvelle qu’un conte d’hiver. Bien que le nouvel an chinois ne se déroule pas tous les ans à date fixe selon note calendrier occidentale, de part se structure et son ambiance il est difficile de ne pas se dire que nous avons affaire à un contre de noël.

Tout commence par une nuit lugubre et solitaire, en proie à une morosité qui lui est bien peu coutumière notre Juge est seul, attendant sa nomination dans une autre province, le retour de ses femmes, la fin des congés de ses aides…tout un programme mélancolique en ce changement d’année. Se sera le désœuvrement d’un petit garçon qui le fera sortir de sa torpeur. Sans suivra une course poursuite de mœurs, presque des plus banale, entre la femme disparue, le mari trompé, l’amant supposé, les voisins bruyants qui n’ont rien vu mais on forcément une opinion sur la question et une fin en forme de morale pour l’année à venir, comme une nouvelle lueur d’espoir, une étincelle de lumière dans les ténèbres hivernales qui entourent ce récit.

Menait tambour battant l’histoire propose surtout un juge Ti plus pressé et brusque qu’à l’accoutumée, lui d’ordinaire si enclin à ne pas brusquer les choses, à lisser sa barbe ou se favoris en prenant un thé avant toute décision – fut-elle tournée vers l’action- nous surprend par sa volonté à agir vite, à placer la vie (la survie) des protagonistes au premier plan et à tirer des conclusions hâtives. Cette précipitation s’explique aisément par l’urgence de la situation, toutefois au-delà d’apporter un rythme haletant à ces quelques pages, elle permet de pointer du doigt d’autres choses intéressantes.

Dans un premier temps, que nous ne sommes pas chez Dickens, la misère dont il est question est quotidienne et ne semble épargnée personne du peuple, une méchanceté ou une cruauté singulière ne semble couver sous aucun foyer et la morale finale porterait plutôt autour de l’échange, de l’écoute et de la confiance sans viser politique ou sociale outre mesure. L’aspect « conte de noël » reste donc relatif de ce point de vu là, nous sommes toujours dans une enquête policière, l’aspect crépusculaire et sociétal se voit désamorcé par des notes burlesques.

Ensuite, ces notes burlesques justement, avec un juge Ti qui agit, qui bondit, de scènes en scènes, il se rend sur les lieux du « crime » en cheval, puis il se précipite pour sauver une jeune femme, avant de repartir en arrière, le tout coup sur coup et en formulant des avis rapides et définitifs. Des avis rapides, définitifs et faux ! En plus d’être seul, de se sentir vieux car il ne peut plus sauter à cheval comme avant voilà notre juge enclin à de mauvaises appréciations. Bien heureusement les conséquences seront heureuses et tout ira pour le mieux, reste qu’en traitant ce moment de doute et de remise en question sourire aux lèvres l’auteur permet d’avancer vers la fin de son cycle, vers la fin de vie de son héros sans tomber dans le pathétique ou le tragique gratuit.

En dernier lieu on remarquera que les faiblesses du juge sont, heureusement, passagères et qu’elles prennent place alors qu’il est seul. Si cela lui est déjà arrivé par le passé, il s’agit ici de la première fois où son contexte de vie semble précaire, il ne sait pas où se dirige son futur administratif, il est « célibataire » pour un temps et seul à devoir assumer son rôle de « justicier ». Non pas que la charge soit trop lourde, mais cette solitude forcée, ce déséquilibre montre combien l’entourage du juge n’est pas présent uniquement pour la galerie et, surtout, combien la notion d’harmonie, de quiétude est capitale au bon fonctionnement de la justice.
Avec ce court récit hivernal l’auteur continue de nous surprendre et de nous interroger, que demander de plus ?

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