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Les cercueils de l’empereur propose une nouvelle réflexion sur la notion d’impératif de la justice. En effet s’il convient de rendre justice à chacun selon des principes d’égalité et équanimité, il convient également de percevoir l’intérêt du nombre tout autant que des impératifs plus pressant qu’une justice du particulier au particulier.

 

La guerre gronde, le magistrat n’est plus aussi puissant qu’il le devrait, en plus il est atteint d’une forte toux, l’urgence des décisions martiales presse la société de son joug totalitaire. Est-ce vraiment le temps de s’occuper des états d’âmes d’une prostituée ?

Non, d’ailleurs si le juge semble mesurer la dure vie de la pauvresse ainsi que la hauteur de ses sacrifices, ce n’est pas ces considérations qui le motivent. Il s’agirait plutôt d’une intuition, de celles qui font qu’aucune mort – fut-elle avenir- injuste ne doit exister en sa présence. Les tribulations et considérations importent peu, en revanche concernant la crédibilité des faits, il en va tout autrement. Voici donc notre juge aux prises avec une décision de justice au milieu de sacrifices guerriers d’une autre envergure.
On le voit, il est question de poids et de mesures, du pot de terre contre le pot de fer en termes de priorité éthique. Que vaut la vie d’un homme contre le sacrifice de plusieurs milliers ? On verra combien le juge saura se tirer de ce mauvais pas moral et comment il sera faire preuve de son sens aigu de la logique pour débrouiller une affaire de haute trahison. Affaire, qui lui permettra de faire entendre sa requête.

Ce qu’il y a d’intéressant c’est que les deux intrigues se mêlent par un jeu politique. Demander de son temps à un haut commandant militaire en temps de guerre ne peut se concevoir sans qu’il ne vous décrète digne d’attention, c’est donc accepter de se plier à une forme d’échange social. Une forme d’hypocrisie à laquelle nous n’avons pas coutume d’assister dans ces récits – du fait de la position hiérarchique du juge –. Comme souvent la nouvelle est le lieu propice à une telle exploration. Il n’y a pas vraiment d’enquête ou de mystère, un peu d’astuce, d’observation et de sang froid suffisent – facile à dire dans le même cas aurions nous écouter la prostituée, trouver le récit étrange et pensé à [insérer ici la solution de l’enquête] – en revanche tout repose sur la précipitation et donc sur le sens de la déférence, des convenances et de l’écoute du juge.

Il écoute d’abord une femme désoeuvrée, avant de savamment jouer des circonstances pour se faire écouter du commandant, l’habilité diplomatique dont il fait preuve démontre, plus que la résolution de l’enquête, de l’intelligence du personnage – d’autant qu’il n’est pas dans sa province d’origine.
Pour les lecteurs les plus gourmets, on saura se délecter de la punition du coupable et de la clémence du juge, un grand moment humoristique.

 

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