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Parler des comics n’est jamais chose aisée. Parler de toute chose n’est jamais chose aisée. Le faire avec un minimum de conscience c’est toujours vouloir revenir sur ce qui est essentiel, sur les points de consensus et ceux de divergences, sur les questionnements autant que sur les certitudes.

On essaie toujours, on y parvient jamais, c’est là la malédiction du langage sans doute. Concernant les Comics la tâche est difficile car si une génération ou deux ou trois, furent bercées par Strange et des parutions de ce type, ce n’est plus vraiment le cas actuellement – pour dire, avant de fermer, le principal kiosque à journaux de ma ville recevait bel et bien les parutions comics mais refusait de les mettre en rayon.

La bande dessinée doit encore traîner avec elle des tombereaux d’idioties et de préjugés, vous me direz que la majorité des produits dérivés qui en découlent n’aident pas à une réhabilitation globale. Vous me direz que l’on peut se délecter des numéros spéciaux comme ceux de « Beaux Arts magazine » ou encore des jolies vestes et veaux comme Angoulême, pourquoi pas mais surtout pourquoi ?

Le souci c’est qu’il faut parvenir à garder une âme d’enfant fascinés par des hommes et des femmes qui volent et qui ont des supers pouvoirs – je ne parle ici que des comics populaires, s’extasier devant Pif et Hercule, Gil Jourdan ou Jérôme K Jérôme Bloch et tout aussi chaudement recommandé, comme tant d’autres parutions – tout en ayant le recul suffisant pour ne pas tomber dans les panneaux publicitaires déguisés en nouveautés, tout en ayant la curiosité vitale pour s’intéresser au travail de tel ou tel auteur afin de ne passer du bon temps et de ne pas oublier que l’on peut trouver Hulk génial parce qu’il casse tout et particulièrement bien trouvé puisqu’il apparait au moment des peurs nucléaires.

Bref.

Civil War (décidément depuis Wilderness on ne quitte plus les références à la guerre de sécession, ici évidente pour un américain et qui fait sens au vu des événements racontés) est un cross-over géant dont les répercutions vont toucher tout l’univers Marvel, juste avant les années 2010. Suite à une refonte du monde par un mutant (cela se déroulait dans l’arc House of M, mais ne nous égarons pas) tout le monde est un peu à cran, aussi bien les autorités, les citoyens que les supers héros et leurs adversaires.  Des jeunes supers héros vont provoquer une réaction en chaîne menant à un véritable carnage, plus de 600 victimes, de quoi promulguer une loi sur le recensement des supers-héros, afin de les faire répondre de leurs actes, de les encadrer de contraintes, de directives, de lois, de limites, de droits et de devoirs. Option qui va donner lieu à une guerre fratricide entre supers héros.

Si l’action principale est « résumée » dans la série principale, elle touchera une centaine de volume sur de nombreuses séries, il ne va pas s’agir ici d’en faire un résumer (je ne suis pas assez fou pour cela est lire la centaine de volume devrait vous occuper à bon escient) mais de pointer du doigt deux événements intéressants, au-delà même du monde des supers héros. Oui, une aussi longue introduction pour deux points de détails au milieu d’un maelstrom de données et de péripéties.

La tuerie fut perpétrée par un super vilain Nitro pour ne pas le nommer, celui qui se charge de sa poursuite n’est autre que Wolverine, un bon moyen pour dépasser les motivations globales du type gouvernementales, vengeresses, nationales et on en passe, pour faire passer la brutalité et l’efficacité au premier plan. On s’en doute, cela va donner lieu à de nombreux combats mais également à une vérité. A savoir qu’une multinationale n’est pas étrangère aux actions de ce super vilain. Or, ce qui est formidablement bien pensé, il faut le dire, c’est que si certaines personnages (et séries entières) discutent de bien fondé des lois mises en place en fonction des deux références historiques les plus proches à savoir le nazisme et les attentats de 2001, si l’on évoque la paranoïa ambiante, les complots et, surtout, la priorité donné à la sécurité vis-à-vis de la liberté, ces aspects ne sont pas discutés ici.

Il faut bien comprendre que les différents points de vus évoqués sont des points de vus personnels, permettant d’évoquer plusieurs angles possibles, que tous (ou presque nous passeront celui des supers vilains qui restent des supers vilains) se justifient en fonction de crise existentielles, de passés précis, de connaissance, de valeur et j’en passe. Mais personne n’évoque la véritable cause derrière un tel drame, à savoir le cynisme. Bien sûr, le méchant spéculateur sera châtier (je ne vous en dit pas plus) ce qui servira de punition, ouf ! Mais ses actions ne seront pas discutées, il ne sera jamais question de remettre en cause les fondements économiques et politiques d’un système ayant permis la mise en place d’une telle horreur.

En cela la série développe un point de vu singulier et osé.

Plus encore, en marge des supers héros, des diverses révélations plus ou moins importantes, nous pouvons suivre l’enquête de deux journalistes. Un vieux usé et blasé pour qui ce travail rime avec investigation, enquête et compréhension et une autre plus jeune, aussi peu malléable mais plus entraînée dans la culture du scoop. Bien évidemment, il est question ici de liberté d’expression, de protection des sources, de sécurité nationale et de bien être du citoyen.

Ce biais permet de comprendre comment les valeurs des USA que certains héros revendiquent ont disparues de la société actuelle. Encore une fois le cynisme est au rendez-vous, lorsque la journaliste explique à captain america que ce qu’il défend, à savoir un pays où brille l’étendard de la liberté, n’est plus d’actualité que l’on parle aujourd’hui de réseaux sociaux, de paris hilton (elle était à la mode à l’époque ) et d’autres vétilles, que c’est cela que la liberté  à permis, que c’est cela que les gens veulent, que c’est cela qui explique en quoi la sécurité prime. Plus encore que cette balle dans la tête de la conscience américaine, les auteurs vont plus loin en proposant des journalistes honnêtes, droits, persuasifs et entêtés, ils comprennent tout, prennent le recul nécessaire, endiguent leurs émotions premières (sans les nier)  – on notera l’influence de série comme « Alias » qui ont su renouveler à merveille le ton réaliste propre à Marvel dans les années 60 et qui peu à peu avait perdu de son impact- souffrent et finalement découvrent la vérité.

Vérité qu’ils choisiront de confronter avec le principal instigateur, renouant ici les fils du cynisme premier et d’un plan à grande échelle, pour montrer qu’ils ont compris, qu’ils savent. Vérité qu’ils choisiront de taire, afin d’épargner le plus grand nombre, afin de faire perdurer l’illusion. Alors qu’une loi inique est en cours, qu’elle procède de la plus parfaite injustice (puisqu’elle ne propose pas l’ombre d’un procès, ce qui semble déranger peu de monde), qu’elle va permettre au mal de perdurer, qu’elle va faire grandir le danger et la paranoïa, ceux qui savent préfèrent se taire.

Si l’on ajoute à cela le revirement de captain america suite à l’intervention d’une dizaine de civils, on se rend compte qu’il est question de beaucoup de chose dans cet arc, de morale, d’éthique, de super pouvoirs évidemment, de choix, de direction de complot et d’attentats, de pacte avec le mal, d’argent et de bons sentiments, de pertes tragiques aussi… mais finalement peu des « gens ». Non pas que les auteurs devraient leur donner la part belle, nous sommes dans une série de super héros, mais ce traitement met en évidence la méconnaissance du monde, qui n’empêche en rien les prises de position, les choix des puissants pour le « bien de tous » tout autant que le refus de comprendre de beaucoup d’entre nous.

Les comics comme beaucoup d’œuvres, se moquent sans doute d’une forme de « lecture », ils s’inscrivent dans le réel pour paraître plus crédible, pour coller à l’actualité, pour vendre toujours plus. Mais parfois aussi ils captent « l’air du temps ». Il parait intéressant de relire toute cette saga à l’heure où beaucoup de discussion de « valeurs » se fondent dans les médias, autour des machines à café et des tables familiales, sans que la connaissance et le recul n’aient leur mot à dire.

Dernier point abordé ici, la possibilité pour un héros de se tromper et –surtout- de changer d’avis,  ce qui permet de relativiser (entre autres) l’accroche « de quel côté êtes-vous ? », ce qui permet l’alternative « ne pas choisir de camp ».

Bien évidemment citer tous les auteurs de cette saga serait trop long, je vous renvoie (pour une fois) la page wiki fournissant la liste de tous les volumes à vous procurer pour suivre l’intégralité de ces aventures, la série centrale étant « suffisante » mais moins palpitante. Civil War

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