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Parfois, à tort ou à raison, on estime qu’il n’est pas évident d’aborder tel ou tel sujet. La honte, la gène, le dégoût autant de sentiments forts qui nous pourrissent l’expression, ou qui nous préservent d’un tombereau d’âneries. Depuis les quelques mois que j’ai attaqué ce blog pour amis, je me suis fixé comme contrainte de parler des livres lus rapidement, sans dépasser les deux heures d’écritures, sans rien relire, d’éviter les épanchements moraux et les jugements. Cette liberté sous forme de contrainte temporelle me permet d’éviter les sentiments, l’aspect « note de blog », ou de me transformer en un Usul pontifiant puisque mon souci n’est ni pédagogique, ni didactique, encore moins fédérateur. Elle est toutefois vicieuse lorsqu’il s’agit de rendre compte d’une relecture aussi plaisante.

Les Notes de Boulet en deux heures. Voilà un sujet digne du concours d’entrée à normal sup’, au moins. J’ai lu et je lis encore beaucoup de bande dessinée, moins qu’avant par faute de moyen – de fait beaucoup de découvertes passent à la trappe – mais aussi et surtout faute d’envie. Non pas que « c’était mieux avant ma bonne dame », car même si c’était le cas racheté tous les titres des années Pilote ou A suivre… me prendrait tout autant de temps et d’argent. Disons juste que les choix éditorialiste de mauvais goûts se perçoivent plus qu’avant et que quelques collections phares ayant disparu, j’ai suivi le mouvement en m’enfonçant peu à peu dans les sables mouvant de la négligence.  Les albums qui traînassent et paresses j’ai moi ne prennent pas la poussière mais ils voient également peu de nouveaux amis, plus souvent empruntés en médiathèque qu’autre chose parce que se faire plaisir avec la nouvelle nouvelle intégrale de Sandman, la totale Fables, le dernier Hellboy, sans parler de manga ou de bd franco belge, ça va m’empêcher de manger. Seule exception, notable donc – en plus de la série Donjon-  : les notes de Boulet. Qui viennent de subir leur quatrième relecture (deuxième seulement pour le tome 8, dernier en date), ils commencent à être aussi abîmés que les Astérix, Franquin ou Valérian de mon enfance.

Il y a tant à dire sur cet auteur, du moins sur cette œuvre là. Il s’agit de la parution en « dur » de dessins proposés sur son blog, agrémenté de quelques saynètes supplémentaires pour « faire le lien » entre différentes histoire, saynètes tournant autour d’un thème unique à chaque tome. Est-ce vraiment original ? Non, on y retrouve tous les ingrédients du blog d’auteur de bande dessinée, un soupçon (plus ou moins gros et redondant) d’autobiographie, de romance, de rêveries, de quotidien, de pensées profondes, de moments volés, de romantisme, de l’exagération, du… bref ce qui fait un blog.

Mais alors pourquoi lui ?

En ouvrant wordpress pour commencer à tapoter ce texte je me posais la question, me demandant s’il y avait un rapport à l’autobiographie, si c’était le traitement spécifique de cette thématique par Boulet qui me plaisait. Si la solution se trouve dans ce secteur d’activité neuronale disons que Boulet propose une ruer dans les brancards aussi salvatrice que celle « d’enfance » par Nathalie Sarraute ou de « l’œuvre au noir » de Yourcenar en ne franchisant jamais l’horrible Styx pouvant mener à Angot. Mais il s’agit plus d’une impression de lecteur, que d’une volonté de l’auteur (du moins cela semble être le cas) d’autant que c’est plus le format d’écriture qui mène à la thématique que l’inverse.

Surtout que Boulet explore autant son travail de dessinateur que son imaginaire, en ce sens, il convient de ne pas confondre le dessinateur et le personnage, de ne pas aller croire que le Boulet dessiné est celui de la « vraie vie », ni qu’ils sont complètement différents, s’amuser au jeu des sept erreurs est un passe temps pour fan. Ces volumes laissent plutôt remonter l’allégorie et le symbole à la surface, de fait le glissement vers l’auto-fiction s’opère sans douleur et l’on se retrouve proche du travail d’un Eric Chevillard. Au fil des pages, les expérimentations graphiques s’enrichissent de références et de réflexions tout aussi stimulantes et pertinentes.

En plus Boulet dessine (souvent pas toujours mais souvent) avec des « petits traits » comment y résister ? – sans compter qu’il semble apprécier le bon whisky et qu’il a dessiné des albums Donjon-

Relire Boulet m’oblige à en parler mais ça revient à parler des rubriques à brac de Gotlib, c’est un challenge impossible. La trouille de dire une connerie, voilà l’émotion paralysante par excellence.

Que dire que l’un des milliers de commentaires du  blog n’a pas déjà dit ? Que proposer de nouveau, quel angle d’attaque, quelle perspective de lecture… il faudrait – comme toujours- des années pour venir à bout de cela, sans déflorer la magie de l’œuvre. Ne serait-ce que les réflexions proposées sur l’imaginaire des enfants sont passionnantes, sans compter la beauté évanescente de certaines planches.

Finalement, Boulet doit vivre sur la même planète ou dans le même coin de l’imaginarium que Pratchett. Il propose des histoires populaires, intelligentes, sensibles, belles sans forcer la main et l’air de rien il travaille beaucoup pour arriver à ce résultat. C’est peut être l’un des aspects les plus mis en scène dans ces pages : le rapport au travail et.ou la manière dont on le perçoit. Pourtant il me semble que c’est souvent négligé dans le monde de la bande dessinée à quel point un scénariste, un dessinateur, un fou qui fait les deux, doit passer d’heures à travailler pour obtenir un tel résultat.

 Le blog de Boulet !

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