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axiomatique

          La morale est le virologue : il manquait au tableau de chasse de ce recueil : un conte, voire un conte religieux.  C’est chose faite avec un mordant contagieux. Ce récit propose de remettre les choses en perspectives, de ne plus voir le progrès comme une normalité quotidienne partant à la dérive, objet stellaire et informelle au prise avec notre savoir faire rationnel d’un côté – ce qui permet son existence – et nos pulsions, notre imagination, notre morbidité les plus enfouies de l’autre.

     Ici le progrès n’est plus vraiment, la science est celle du présent, des années 2000, elle n’est pas (encore) le produit calibré d’une humanité désincarné, elle est encore le fruit des humains colorés des « ailes du désir » de Wenders, mais nul manichéisme bienveillant ne semble nous observer. A sa place se dresse le délire d’un homme en proie à une illumination de plus, une de trop sans doute. Nous assistons au recalibrage cruel et noir d’une vérité pourtant si simple : la science est un outil. Si l’on néglige les annonces de diagnostique, si l’on pense que plus c’est nouveau mieux c’est, si l’on considère que toute réflexion préalable est un signe d’obscurantisme, si l’on place la publication d’articles scientifiques comme le Graal de la démonstration de vérités, alors c’est la philosophie, l’éthique, l’humilité qui passent à la trappe et, surtout, c’est l’occasion de faire de cet objet une arme, d’héberger en son sein le militantisme et son fidèle serviteur : l’amour pour tous. Et puis il est intéressant de ne pas proposer la morale comme « fin » de l’histoire, mais comme protagoniste à part entière.

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