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axiomatique

L’assassin Infini : cela faisait longtemps. Une première nouvelle en guise de plongée dans le passé. Les moments fébriles à compulser les Bilal et autres Métal Hurlant, les insomnies aux côtés de l’homme dans le labyrinthe, les croyances bienfaitrices de l’enfance « mais si, j’ai compris Ubik » (à ce propos il est presque touchant de voir combien de chroniqueurs culturels mondains se targuent de ne pas aimer ce « genre » de littérature avant de mettre en avant leur soit disant compréhension de telles œuvres, bref). L’assassin infini, ne propose rien de neuf, pourtant elle ne recycle rien non plus, du moins pas au sens nauséabond du terme (du genre greenwashing).

Voici la sempiternelle question des univers parallèles, de la multiplication de l’individu, de la noyade du je et du moi au profit du nous. Si d’aucuns trouveront pertinent – sans doute à bon escient, bien que personnellement cette thématique m’ai semblé calqué sur une idée pour lui donner un corps affective et non pour lui apporter une dimension supplémentaire, peut être un souci utilitariste de trop dans ma lecture ? – la mention aux drogues et à la mutation, c’est surtout le rapport à des conceptions littéraires, notamment autour de la possibilité d’écrire une autobiographie, qui m’a interpellée. En effet, le « je » constant du narrateur est conscience de ses autres lui-même en train d’effectuer la même tâche que lui, cette conscience, qui devrait aboutir à la folie, amène ici à la volonté de nier ces autres, de ne pas se laisser envahir par le multiple, par le « nous » et les possibles pour se concentrer sur l’unité de l’instant – chaque occurrence étant envisagée en détail pour mieux être rejetée au loin le plus rapidement possible- or cette négation, garantie de la stabilité mentale du narrateur repose sur le refus (volontaire ou non) d’envisager un autre moi ayant déjà vécu ce que je suis. Etre plusieurs oui, tant que je reste en tête de file. Il est intéressant de remarquer en quoi cette rationalisation, cette évocation des possibles ne peut parvenir à une unité de sens que par le déni du remord.  D’autre part, on s’aperçoit que les autres nous-mêmes sont autant de possibles tangibles pour la conscience, autant de raisons admissibles, l’auteur semble s’amuser à évoquer la folie par l’entremise d’un véritable autre, d’un « tu », d’une entité nouvelle et imprévisible. Le tout sur fond de réminiscence : le dormeur doit se réveiller. Une nouvelle intrigante, happant le lecteur par son style atypique, ne laissant aucun repos, aucun recours.

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