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Flashback-Dan-Simmons

En parler : oui, et encore. Le conseiller : sûrement pas.

On pourrait gloser de longues heures sur les « bases géo-politiques » servant  de substrats réaliste à ce roman d’anticipation. Sans doute cela serait-il stérile. Mais ce qui m’a le plus profondément choqué c’est sa, même pas relative, pauvreté.

800 pages pour m’en débarrasser pour ne plus que cette sous-intrigue issue d’un mauvais film de série B des années 80 me colle à la peau.

Il fut un temps, une seule année, où le Japon dépassa l’économie des USA à l’échelle mondiale, le soubresaut culturel qui en résulta fut une sorte de fascination, à double tranchant comme toutes les fascinations pour l’empire du soleil levant. On vi fleurir des ninjas, des mentions à Sun Tsu ou au bushido à chaque coin de rue, surtout à chaque coin de film,  ce livre m’a replongé dans cette contemplation léthargique dans ce sommeil de la raison. Le parallèle me saute à la figure comme d’un œuf d’alien car il permet de recouvrir d’un vernis « vintage » la triste réalité : ce roman est mauvais.

Que les idées politiques d’un écrivain suintent à travers son œuvre c’est une chose, cela peut parfois nuire à sa qualité intrinsèque ou parfois la desservir bel et bien, l’exercice beaucoup de maîtrise et de subtilité, sinon on a l’impression de lire un pamphlet et de ne plus avoir le droit de réfléchir. C’est sans doute l’un des défauts du premier Damasio par exemple (bien que ce dernier est pris le soin de créer des personnages conscients de leurs propres errances verbales faisant du langage et de la politique une forme de jeu ludique et romanesque). Ainsi que Simmons veuille prendre le parti –républicain- de régler ses comptes avec une politique actuelle qu’il juge trop laxiste, et avec une bonne partie du monde dans la foulée, pourquoi pas ?

Après tout, ça nous changerait des livres bien pensant à la morale forcément initiatique et guimauve, tout autant que des utopies détachées de la réalité et loin de la complexité politique que l’on subit au jour le jour en ouvrant (bandes de fous que nous sommes) la télévision ou un –désormais quelconque- quotidien. l’écueil principal de ce genre de jeu futuriste et planétaire étant : la simplification. Lorsque l’on écrit un scénario pour blockbuster il suffit d’énoncer que tel ou tel pays ou culture est rayé du monde, ou qu’une gigantesque catastrophe a tout détruit sur son passage –sauf les deux villes qui nous intéressent- sans autre forme de procès pour débuter l’histoire. Mais lorsque vous êtes un écrivain populaire reconnu pour la qualité de sa culture et sa subtilité, cela demande un peu plus de recherches et de richesse. C’est le minimum requis pour atteindre à la subtilité dont je causais un peu plus haut. Décrire un monde en déchéance, décadent, pourri jusqu’à l’os pour des raisons politiques complexes, ça demande beaucoup d’efforts et de ce point de vu Simmons n’en fait aucun. Il brode une conspiration.

Si le souci des conspirations est double, il faut être fou pour y croire et encore plus fou pour les ignorer, il n’empêche qu’elles réclament un minimum de crédibilité. Ce qui n’est pas le cas ici, s’amuser à démonter le délire parano qui tient lieu de cadre romanesque à l’ensemble de l’intrigue reviendrait à devoir refaire tout une éducation. Au-delà, de toutes volontés politiques de ma part, réduire telle ou telle culture à des schémas linéaires et à des poncifs c’est se foutre de la gueule du monde. Que cela alimente le racisme ou le pacifisme : on s’en moque totalement, c’est stupide. Les allégations morales et éthiques présentes ici sont nulles et non avenues car elles sont aussi peu crédibles qu’un monde de magie dans lequel tout est bien qui finit bien à la fin. Même le sionisme latent de la série « Fables » est plus léger que les propos de Simmons.

C’est la lourdeur du procédé qui m’effraie, venant d’un si bon écrivain. Mais, pire encore, le propos n’est pas « à découvrir », il n’est pas laissé  de choix au lecteur de profiter d’une forme de lecture « cryptique » du roman, de se tailler une part de déduction. Car tous les personnages – sauf évidemment un universitaire gauchiste juif honteux qui finira tout de même par avoir recours à la force pour…enfin vous voyez le tableau- sont réactionnaires, tous les lieux sont réactionnaires, toutes les actions sont réactionnaires, toutes les actions sont réactionnaires! Toutes !

Franchement, j’aime le style mais l’aborde rarement car j’ai peu et de dire des sottises et de m’enfoncer dans des avis sans fins, je prends souvent beaucoup plus de notes qu’il en faudrait et préfère m’attacher à la thématique, à la tonalité, le contexte, bref à ce qui gravite autour du livre, à ce vers quoi l’histoire ou la façon de la raconter me fait pencher… comment voulez-vous qu’il soit possible de « lire » un tel livre avec une once de plaisir ou de recul devant ce qui suit : Une scène sérieuse –tout le livre l’est (pourquoi pas)- l’un des personnages est blessé, il risque sa vie, son beau-fils ne sait pas quoi faire, comment réagir.. et bien si justement : il maugrée pour la énième fois sur cette saloperie de sécurité sociale qui interdit à chacun de travailler pour payer ses soins et qui engendre une trop longue file d’attente pour les soins gratuits, ce qui va mener son père à la mort. Franchement, là, je désespère, que faire ?

Personnellement j’ai tenté de me rattacher à l’intrigue. A l’image de la géo-politique et du contexte religieux, elle est internationale, libérale, elle dépasse les frontières. A travers une trame complexe du fait de l’utilisation de drogue permettant de revivre des moments de nos vies sur fond de « punkitude rance » nous allons suivre les aventures d’un policier déchu (il a perdu sa femme, délaisse son fils et il est devenu toxicomane) trainant sa nostalgie à bout de bras, et des restes de sa famille… le noyau se reforme autour de la nécessaire vérité sur fond des valeurs d’un pays que l’on déterre. Rien de palpitant, mais il y a un meurtre à élucider, un passé à remonter, un contexte social fort, des intrigues qui s’entremêlent, des combats dignes d’un mad max sous amphétamine.. de quoi palpiter. Non, pas de quoi palpiter du tout.

Il n’y a pas d’intrigues, tout est caricatural, le samouraï des temps modernes, le code d’honneur, les endroits (comme la prison) tous issus de mauvais films à trop gros budgets, les toxicos, les relations addictives que l’on entretient avec notre passé en délaissant notre futur… même le pourquoi du comment du meurtre et de ses enjeux se devinent au bout de quelques minutes (je me suis dis « bon, dans un nanard ça serait ça la raison et le pourquoi… nan ça ne serait pas possible ».. et bien si c’est possible… si encore l’intrigue était mené sans ce refrain lancinant de déjà vu – vous me direz vu la thématique on ne va pas de plaindre-).

Des corps flottant dans des cuves vertes, une drogue –ici je me retiens pour ne pas raconter la fin, mais franchement whaou que ce n’est pas surprenant -, des personnages assez navrant parce qu’avoir un nom provenant de l’œuvre du grand William, pourquoi pas, mais que la mention soit surligné au stabylo comme par un mauvais bachelier c’est faire croire à une forme d’intellectualisation à peu de frais sans compter la scène de « discussion philosophique » entre un camionneur shakespearien (encore un) populiste et un vieux sage détaché du réel dans un camion sous la neige ou celle géo-stratégique autour d’un… jeu d’échec dans un parc…

L’intrigue est efficace, elle vous fera tourner les pages pour découvrir le fin mot de l’histoire ou pour lire enfin le mot fin (ce fut mon cas).

Mais discuter politique ici serait oublier son traitement grossier, ne pas en parler reviendrait à en valider le traitement, toujours aussi grossier mais surtout il ne faut pas se laisser tromper par un rythme faussement palpitant semé de mauvais poncifs.

Plus qu’un mauvais roman : une déception.

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