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Ha, les joies du racisme. Ha, les joies de l’anti-racisme. Ce qui m’a toujours étonné, depuis gamin j’veux dire, c’est la capacité quasi mutagène du racisme, ses possibilités d’adaptations sociales; alors même que l’anti-racisme semble s’appuyer sur un discours convenu et fat.

 

Non pas que je cherche à défendre les idées racistes, loin s’en faut, reste que ces dernières paraissent toujours repousser sous les feux médiatiques et ce en toute saison. Or, dans la majorité des téléfilms, des films, des séries, des journaux, des débats, des articles  proposent de méchants racistes face aux gentils tolérants. A force de matraquer une tolérance bienveillante, à force de l’empaqueter dans le strass et les paillettes, de l’enrober sous des couches de crèmes, d’en faire une évidence, une obligation morale. A l’aune de cette illusion dramatique  se dresse un racisme vulgaire, grossier, visible, usant de parallèles historiques ringardisant et téléphoné. Ce genre de constat m’apparait d’autant plus sordide qu’il semble taillé pour la médiatisation à peu de frais, pour le transport passionné de faits divers.

Dans le même temps, il semble que là où la tolérance se vit toujours comme une exception, comme une tache de lumière dans la grisaille du quotidien, le racisme lui parvient à faire feu de tout bois. Là où la tolérance est récupérée et repeinte à grands renforts de clichés par les médias, jusqu’à être presque entièrement dissoute, le racisme se décline en suffisamment de formes pour être revêtu par tout le monde. Le racisme colonial, scientifique, politique, artistique, d’état, entre voisin ou encore le néo-racisme ; on pourrait rallonger la liste à volonté, mais ce que l’on peut remarquer c’est que là où l’on peut voir différents noms pour une seule peur ; se cache surtout autant de raisons, de justifications, d’argumentations, tout un arsenal permettant de passer outre les considérations morales (on pensera au rétablissement de l’esclavage pour des raisons monétaires, entre autres choses). Au jour le jour, on remarquera que les statistiques se plaisent à nous informer de la montée du racisme, des actes de violences racistes, sexistes, homophobes etc, laissant finalement croire que la norme est une forme d’indifférence à tout cela, que potentiellement chacun (pour ne pas dire tous) sera un jour confronté à un choix moral, à un fêlure dans la cuirasse sociale.

Si, sous les feux d’un miracle médiatique, on cherche à dépasser la tolérance par le biais d’un discours de fond, complexe, argumenté ; bien souvent on se coupera d’une (trop) grande partie du public qui, se drapant dans la vexation forcée, ira chercher plus loin de quoi « le divertir » ; ou, sans même que cela vienne en contradiction avec la prémisse précédente, les orateurs aborderont des « valeurs », des « concepts », des « chocs de cultures » avec moult force historico-sociale n’allant pas chercher plus loin que le bout des études d’un cabinet d’audit quelconque.

Ce qu’il y a de navrant dans la tolérance c’est qu’elle est souvent seule fasse à un arsenal tellement vaste, qu’elle ne donne à voir qu’un visage de clown pour parc d’attraction déserté. Elle et nous, nous avons beau y mettre de la bonne volonté, comment ne pas se moquer de ses avatars les plus racoleurs, les plus puérils ?

La (re)lecture de cet opus de Lévi-Strauss ouvre la porte camouflée, derrière des caisses de poncifs, de l’intelligence. Pas de celle imbuvable, pseudo-complexe, mais celle de la transmission. Lire ce livre c’est quitter les oripeaux des discours qui nous cernent sur la question, pour prendre de la distance, celle scientifique, de la pensée et non des sphères moralisatrices.

Ce qui est troublant à lire cet opus, c’est de percevoir à quel point il devrait empêcher l’idée même de pouvoir professer que l’Afrique doit rentrer dans l’Histoire et autres fadaises  portant sur un tri des cultures en fonction de leurs valeurs respectives, et combien il n’en est rien.

Lévi-Strauss n’est pas un donneur de leçon, ni un poseur, ni un moraliste. Il s’intéresse ici au leurre, malheureusement toujours d’actualité, de l’évolutionnisme social, de notre lecture linéaire et unilatéral de notre Histoire. Il est vrai que la logique d’induction, consistant à utiliser le parti pour faire un tout, semble devenu un réflexe pour de nombreuses personnes. Il doit être plus facile de se dire que chaque personne culturellement différente de nous est le reflet de sa culture d’origine, comme il doit être évident de penser chaque culture comme une catégorie fermée, forcément différente, forcément agressive ou nocive. Tirer des postures morales de ces raccourcis fini par faire fonctionner le quotidien, par être l’une des grilles de lecture (faussée) du quotidien, du politique, du civisme, du culturel, de l’autre, de nous-mêmes. Afin d’échapper à tout cela, même à la double différence culturelle, l’auteur balaie cet évolutionnisme ci et la critique du métissage, pour mieux nous apprendre à relativiser.

Au-delà des thèses, disponibles et bien expliquées en littérature ou sur internet, on pourrait remarquer le snobisme « classique » dont est victime cet ouvrage. Il apparait que Lévi-Strauss doit être l’un des auteurs les plus cités, les plus adoubés par telle ou telle instance en mal d’idole, et qu’il doit être l’un des moins lus (il faut dire que les « mythologiques » nous éloignent des aventures d’une étoile de mer et d’une éponge). Alors mêmes qu’il devrait être moins sacralisé et beaucoup plus lu, d’autant qu’il y a ici un souci de transmission. La culture uniforme et toute puissante, que tant à décrire Lévi-Strauss, qui fait que les capitales (et leurs influences) deviennent toutes les mêmes, cette hégémonie morbide est devenue d’une réalité, d’une crudité, d’une immédiateté terrifiante.

A lire pour ne pas tomber dans la misanthropie galopante, pour en parler autour de vous.

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