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Evoquer l’écrivain Balzac serait ici tout à fait hors de propos, de même que s’attaquer à une lecture.analyse de son œuvre serait presque faire injure à la fois à la « comédie humaine » et aux multiples études et analyses de qualité qui existent sur le sujet. Pourtant, afin de satisfaire une envie dont il serait troublant et intime de livrer la source, me voilà parti vers la lecture de l’œuvre de Balzac, en suivant l’ordre qu’il a voulu donner à son œuvre. Il s’agira donc ici de marquer les étapes, car la lecture risque de prendre une vie.

Et à la lecture de ce prime –court-roman (que je ne connaissais pas, je n’ai lu que quelques œuvres de l’auteur) je pense que cette partie de ma vie va être un régal. Ce  roman changea de nom et de place, avant d’être celui que choisit Balzac pour débuter la comédie humaine. Chose simple et bonne, ce roman peut à la fois être considéré comme « mineur » et ne peut pas l’être, tout bonnement parce qu’il entame le cycle en son entier.  Les scènes de la vie privée (contenue dans les études de mœurs) correspondent à la volonté de l’auteur de creuser jusqu’au cœur de l’âme humaine, de connaître ses prochains, de les étudier. Là où d’autres romanciers essaient (et parfois parviennent) à toucher du doigt et de la plume ce cœur, ces émotions les plus complexes, d’un mot, la démarche de Balzac est bien une démarche de scientifique, une démarche de longue haleine.  Le fameux avant-propos à la comédie humaine explicite parfaitement cet aspect, cette volonté de rendre compte d’une humanité qui à première vue parait éparpillée mais dont les rouages se révèlent à qui sait les observer.

Cette observation est la base du style de Balzac, on le sait ses descriptions font autant son bonheur que son malheur. Nombreux sont les lecteurs qui s’extasient devant sa maîtrise du genre alors qu’une majorité semble continuer de vivre ça en terme de châtiment scolaire –et on peut les comprendre, il me semble toujours difficile de pouvoir comprendre et apprécier un tel auteur, et d’autres, au collège- . Or, si le beau est au rendez-vous, il faut admettre que le souci de l’auteur est avant tout celui de la véracité, de la justesse du regard. Immédiatement deux images se superposent, d’abord celle du scientifique, de l’archéologue qui sur la façade d’une maison descelle immédiatement des hiéroglyphes dans les chevrons de la façade. Cette image est celle du vrai, de celui qui veut, qui doit dénicher le fait, pur, véritable au sein des événements. L’écrivain doit percer la surface visible du monde, pénétrer la morosité du quotidien pour rendre compte des comportements. La minutie est alors le seul outil apte à permettre une classification, un ordonnement digne d’intérêt. Chaque détail prenant sens dans cette optique. On le voit ici avec l’inventaire des tissus, la couleur des rideaux, la forme et la taille des fenêtres autant d’instants, de moments, autant de choses qui ailleurs ne seraient que vétilles ou décorum, mais dont la foisonnement et la précision permettent une imprégnation totale.

Cette attitude reviendrait à n’être qu’un travail d’entomologiste exigeant (Fabre  lut-il Balzac ?), s’il n’y avait ce souci du beau. La deuxième image est esthétique. Souvent, les commentateurs nous alertent sur la volonté de l’auteur de doter ses personnages d’une passion, d’une envie, d’un moteur spécifique afin d’interroger des caractères en les faisant vivre. Or, en plus de cette vivacité narrative, il ne faut pas négliger une volonté esthétique chez l’auteur. Bien évidemment la figure du créateur, celle du peintre ici (qui reviendra plus tard dans l’œuvre) sera autant un miroir déformant qu’une manière pour Balzac de s’interroger sur sa propre posture. Reste qu’ici les lumières, les couleurs se mêlent aux sentiments pour les sublimer. Si le narrateur utilise un scalpel de savant, il propose également une vision proche d’un Girodet – une perception du beau à la frontière de deux styles-. Certains éléments se détachent alors –le blanc de l’amant, le drapé du peintre et le drapé du marchand etc- pour rehausser le réel, pour lui donner une direction, pour proposer de l’imaginaire.

Ce mélange s’harmonise autour du drame. Ainsi les thèmes balzaciens surgissent dés l’aube de l’œuvre, autant comme une mise en bouche que comme un avertissement. La description des classes, des caractères, leur porosité ou leur imperméabilité, les illusions, les égarements, la tromperie des sentiments, la beauté d’un amour qui s’épanouit et se fane (à ce titre l’imagine finale propose encore une fois ce souci du promeneur de percevoir une lumière naturelle et de connaître le nom latin de la fleur qui la reçoit). Sachant que Balzac transpose ici une tragédie qui toucha sa famille de plein fouet. C’est donc un travail de reconstitution de souvenirs auquel nous assistons ici. Or, cette réminiscence intime montre que le premier « cobaye » de l’auteur n’est autre que lui-même. En livrant cette première scène de la vie privée, il expose la sienne.

Un site très intéressant

girodet5[1]

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