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Nous avions quitté Catherine Dufour sur un recueil de nouvelles plus que plaisant, nous la retrouvons au détour du rayon « Histoire » de notre librairie la plus proche. Comme pour beaucoup d’auteurs que j’apprécie, j’avais laissé de côté celle-ci afin de m’en délecter un peu plus tard. Puis entre les égarements d’un Lorànt Deutsch et de quelques uns de ses détracteurs et aficionados, j’ai eu envie de me faire vulgariser. Ça tombe bien l’auteur à de la verve.

 

En vérité, je fus déçu par cet ouvrage. La mode de la vulgarisation historique va du très bien au lamentable, entre ouvrages captivants et mystification politico-économique post-moderne, on a de quoi gentiment se perdre ou tomber dans l’affabulation pure et simple. Acquérir ce livre ce n’est pas l’assurance d’un savoir exhaustif (ça tombe bien ce n’est pas son propos), mais c’est au moins la certitude d’un plaisir de lecture (car oui ! Catherine est drôle).  J’étais donc heureux, puisque j’allais me marrer à coups d’anecdotes distillées par une plume corrosive, tout en me cultivant.

Oui, parfois je suis un lecteur idiot. La bonne nouvelle c’est que je m’en suis aperçu à temps. Ma déception est venue du parti-pris de, littéralement, mener en bateau le lecteur. Pour l’homogénéité de l’ouvrage l’auteur se propose de nous faire naviguer dans l’histoire à bord d’un voilier imaginaire afin de remonter le cours du temps (ou de le descendre). Se faisant Catherine reste la seule maître à bord (maîtresse à bord ?) nous permettant de picorer dans l’Histoire à grands traits véridiques et de cocasseries. Bille en tête j’ai lu et ça ne m’a pas plu. J’ai trouvé le tout trop long, trop court, trop dense, trop « à côté », trop écrit, pas assez écrit. Un sentiment de constante frustration, je trouvais insupportable de devoir suivre le rythme imposé, de devoir me coltiner des considérations factuelles avérées jamais analysées, toujours trop courtes, des anecdotes dont le sens sans cesse m’échappaient. Sans parler du style en dent de scie, parfois saillant, vif, fort, drôle, parfois bêtement plat. J’étais un lecteur mécontent, ne trouvant pas sa dose, subissant une Histoire qui n’était pas la mienne, quand je me suis rendu compte que j’étais un imbécile. Ce livre, du moins cette approche, n’est pas pour moi.

Par moi, j’entends un lecteur conscient d’être lecteur, conscient de son once de culture, aimant l’Histoire, recherchant dans cet ouvrage une friandise littéraire.

Ce n’est pas un « L’histoire pour les nuls », ce n’est pas un pamphlet mordant, ce n’est pas une prétention historique, ce n’est pas plein de choses. C’est un livre pour ceux qui n’aiment pas l’Histoire, en partant du principe suivant. Si vous êtes adulte (et que vous n’aimez pas l’Histoire) il vous faudra une dose d’humour et vous allez vous éclatez, apprendre des choses, rigolez, ne pas être pris en otage par une intello. Si vous êtes un enfant, si vous êtes parent d’un enfant faîte le forcing pour que la prof d’Histoire la plus proche achète ce livre et en lise des extraits en cours. Tel est le secret de ce merveilleux livre, il ne faut surtout pas lire cet ouvrage pour y chercher autre chose que ce que le titre propose. Si vous n’avez pas de professeur d’Histoire sous la main, lisez cet ouvrage lentement chapitre par chapitre à haute voix (oui, parce que la mort d’Henri II et les expérimentations de son médecin sont à mourir de rire).

Catherine Dufour rend l’Histoire vivante et vive, comme sa passion d’amatrice éclairée, humble et passionnée, pour 300 pages de plaisir, de délices, de curiosité, de savoir faire. Aucune romançade (ce mot ne doit pas exister), aucun brin de fausse modestie. Voici donc un ouvrage accessible financièrement (moins de 10€ !!!), accessible culturellement qui parvient avec délice à atteindre son objectif : faire aimer l’Histoire et donner envie aux lecteurs de creuser le sujet.

Le site de l’auteur

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