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La précédente nouvelle nous avait donné à lire l’enquête solitaire d’un juge démystifiant de sordides tractations et un meurtre aux motivations des plus cruelles (et méprisantes). Voici que l’auteur nous propose de suivre ici une histoire débutant sans le juge, menée par deux de ses fidèles compères, un moyen de nous changer les idées… pas tant que ça, tout commence par un meurtre d’enfant !

 

En choisissant de placer Ma Jong et Tsiao tai au centre de son histoire Van Gulik redistribue les cartes de son écriture. Choix qu’il aurait plus de mal à faire dans le cadre, plus strict et délimité, d’un roman ; les nouvelles lui permettent se genre d’incartade, de test, pour notre plus grand plaisir. si d’ordinaire nous suivons les traces d’un homme impassible, allant droit au but tout en se fustigeant de sa propre lenteur ; la trame narrative que l’auteur propose ici fait la part belle à l’identification du lecteur.

Il nous est plus facile de comprendre et la volonté de réussir et de bien faire des deux hommes, que ce soit pour prouver leur valeur et pour montrer leur attachement à la justice ; mais également parce qu’ils vont agir comme nous l’aurions fait. Très vite, les deux héros quittent leur rôle de faire valoir un peu indolents et suiveurs pour s’astreindre à suivre un plan. Ils abandonnent le vin et échafaudent des théories, pour (c’est eux qui le disent) suivre le modus operandi du juge.

Deux choses sont ici remarquables. La première c’est que jamais il ne s’agit de faire aussi bien que le juge, de résoudre l’énigme à sa place, de se substituer à son travail ou à son rôle, il s’agit de suivre au plus prêt sa technique pour ne pas commettre d’erreurs, pour faire les choses le plus clairement et justement possibles, cela nous donne le niveau de déférence des deux hommes, s’ils sont heureux de pouvoir faire montre de leur autonomie ils savent néanmoins qu’ils n’auraient pas été à leur place dans les sphères sociales plus élevées, c’est pourquoi ils sont satisfait d’avoir affaire à une troupe de saltimbanque. La deuxième c’est que contrairement à d’habitude, nous avons droit à l’étalage des théories avant la mise en action du plan, Ma Jong et Tsiao Tai épluchent les faits, les décortiquent, tâchent d’en saisir les ramifications ainsi que les motivations et mobiles des coupables potentiels.

Une attitude qui serait la nôtre (bien que nous n’ayons pas de juge chinois inflexible et génial sous la main) en pareille situation, ils font un travail de policier ne négligeant aucune piste.  D’ordinaire nous avons un homme, une pensée, une justice pour plusieurs  enquêtes, ici nous avons plusieurs réflexions pour une seule enquête. Ce qui, sans tomber dans le léger au vu de l’aspect tragique des choses, nous apprend que le juge effectue (en interne pourrait-on dire) le même type d’investigation et de déduction, qu’il n’échappe pas à la règle mais lui, parvient toujours à choisir la bonne direction.

Cette histoire, parvient à ne pas être un amusement (une sorte d’auto parodie ou de dérision récréative pour l’auteur), à ne pas se moquer des personnages (sur un ton : seul le juge est apte),  à ne pas trop en faire quant aux aptitudes des deux compagnons, à produire une énigme de bonne tenue… et surtout à nous sentir concerné en tant que lecteur, presque partie prenante.

Un bon moment de lecture, encore une fois savamment dosé par un Gulik en grande forme.

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