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Le contrôle de soi est une chose importante, capitale même dans le confucianisme, il aurait été bon que l’assassin s’en souvienne. Le juge Ti parviendra t’il à démêler ce crime sans témoin ?

Voici un court récit plus « classique » dans la lignée de ceux que l’on trouve dans le premier volume. Ce qui n’est pas un mal, loin s’en faut.  Le début nous met directement aux prises avec l’assassin, bien évidemment nous ignorons son identité nous ne sommes pas dans Columbo. Un homme qui se révèle machiavélique puisqu’il a prémédité son geste, couvrir ses arrières et ne tarde pas à se vanter de son immunité.

Il faut dire que cette enquête va jouer sur les  a priori de la justice. Heureusement, sans être aveugle pour autant, notre bon juge est capable de réviser ses jugements. Gulik n’élabore pas ici un récit très complexe, aux motifs variés ou à construction de personnages détaillés ; au contraire il dépeint des caractères à grands traits. Pour tout dire, on se retrouve vite avec un panel de caricature, entre le méchant sur de lui, le poète sans le sou, la jeune et belle veuve éplorée portant un mobile comme seul maquillage, un marchand trop honnête, des mendiants méfiants de l’aide qu’on leur donne, un assistant du juge aux mœurs légers… même le juge semble avoir du mal à se défaire de ses idées reçues.

Il donne effectivement un ordre avec en tête l’espoir d’éduquer un peu son personnel et se montre mécontent quand son stratagème s’avère infructueux… il y a là de quoi nous surprendre… ou nous tromper. Car Gulik construit ces archétypes dans le but de placer la morale de l’histoire : il ne faut pas se fier aux apparences. Ne pas voir de témoin ne signifie pas qu’il n’y en a pas, ne pas voir de valeurs morales chez une personne ne signifie pas que cette dernière en est exempte.

Cela pourrait paraître une thématique anodine, toutefois si on la replace dans son contexte on voit que ce franchissant de barrière sociale, ce dépassement des préjugés est d’autant plus difficile à réaliser pour une époque marquée du confucianisme.  La verticalité de ce modèle, sa féodalité, ses « presque castes » font qu’il est difficile même pour un personnage tel que le juge Ti, de ne pas voir les choses, les événements selon le prisme du déterminisme. En parallèle à cela on remarquera que le crime est commis sans témoin et qu’il n’y a pas de preuves apparentes. De même que la justice, pour s’exercer, doit passer outre ses « évidences » pour voir l’invisible, pour comprendre que l’absence de preuve visible ne signifie pas qu’il n’y en a pas, l’homme juste se doit de passer outre l’agencement fini du monde pour voir au-delà des apparences. Une morale sonnant comme une bluette enfantine mais   dont le poids est historique.

Pour finir on notera l’utilisation des grenouilles et des canards par un Gulik que l’on imagine primesautier.

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